La Société d’Énergie et d’Eau du Gabon (SEEG) traverse depuis plusieurs mois une crise institutionnelle majeure qui a culminé par le limogeage de son directeur général, Joël Lehman Sandoungout, à la fin août 2023. Cette crise de la SEEG, marquée par des tensions internes et des soupçons de corruption, révèle des fissures au sein du système de gouvernance mis en place par le président de la transition, Brice Clotaire Oligui Nguema, et menace de déstabiliser davantage les efforts de redressement de l’économie gabonaise.
Une crise institutionnelle en pleine commémoration nationale
Le limogeage de Joël Lehman Sandoungout est intervenu à quelques jours de la commémoration du coup d’État du 30 août 2023, désormais qualifié de « journée de libération nationale » par la junte au pouvoir. La SEEG, une entreprise publique stratégique, fait face à une dette colossale, et son ancien directeur a été auditionné par la task force présidentielle chargée d’auditer les dettes publiques. La gestion financière chaotique et les délestages récurrents dans la capitale, Libreville, ont été les raisons invoquées officiellement pour son renvoi.
Cependant, en arrière-plan, des tensions larvées existaient entre Joël Lehman Sandoungout, le directeur général de la SEEG, et Pierre Duro, conseiller du président Oligui Nguema et à la tête de la task force. Autrefois alliés, ces deux hommes sont désormais en conflit ouvert sur la gouvernance de la SEEG, un conflit qui semble avoir joué un rôle clé dans les récents bouleversements au sein de l’entreprise.
L’implication de Pierre Duro dans la tourmente
Pierre Duro, d’origine franco-andorrane et personnage influent du palais présidentiel, a été nommé en 2023 par Brice Clotaire Oligui Nguema pour prendre les rênes de la task force. Ses méthodes d’audit musclées, bien que critiquées par certains, ont permis de révéler des dysfonctionnements graves au sein de la SEEG, notamment la découverte d’un système de vente parallèle de tickets d’électricité prépayés. Ce scandale financier, impliquant un serveur informatique défaillant au sein de la SEEG, aurait causé des pertes de près de 2 milliards de francs CFA par mois, un coup dur pour une société déjà en difficulté.
Ce système de détournement présumé est une véritable épine dans le pied de l’administration de Brice Clotaire Oligui Nguema, d’autant plus que des soupçons d’implication de Pierre Duro lui-même dans ce réseau de corruption circulent. En effet, les premières investigations menées par la Direction générale de la recherche (DGR) ont mis en lumière des flux financiers entre des comptes au Gabon et à l’étranger, impliquant potentiellement Pierre Duro et son bras droit non officiel, Khalil Rihan, un homme d’affaires prospère. Le président a dû intervenir personnellement pour reprendre le contrôle de la situation, interrompant les enquêtes en cours.
La mainmise de Pierre Duro sur les affaires économiques
Malgré les scandales et les suspicions qui l’entourent, Pierre Duro reste un homme clé dans le dispositif de Brice Clotaire Oligui Nguema. Depuis son arrivée au Gabon sous la présidence d’Omar Bongo, il a su tisser des liens solides avec les plus hautes sphères du pouvoir. Toutefois, sa présence à la tête de la task force suscite des critiques de la part de plusieurs acteurs politiques, notamment Victorine Tchicot, directrice de cabinet du président, qui conteste ouvertement ses méthodes.
La crise à la SEEG, qui reflète une gestion hasardeuse de l’entreprise, met en lumière les failles du système de gouvernance actuel. En l’espace de quelques mois, Pierre Duro a accumulé un pouvoir considérable grâce à son rôle d’auditeur en chef des finances publiques, mais son influence pourrait également précipiter de nouvelles crises institutionnelles, alors que Brice Clotaire Oligui Nguema tente de maintenir l’équilibre fragile de son administration.
L’enjeu de l’avenir de la SEEG
L’avenir de la SEEG demeure incertain, avec une dette croissante et des conflits internes exacerbés par des luttes de pouvoir. La direction actuelle, sous l’administration provisoire de Jean Liévin Idoundou, aura la lourde tâche de redresser une entreprise en déclin, tout en faisant face à la pression croissante de la task force et de ses audits intrusifs.
Un autre point de friction entre les différents acteurs de cette crise est l’implantation d’une centrale électrique flottante turque à Libreville, gérée par Karpowership. Ce projet, signé en juin 2024, a été critiqué pour ses conditions financières désavantageuses pour le Gabon. La task force tente actuellement de remettre en cause cet accord, estimant que la SEEG est fortement pénalisée par des frais d’immobilisation exorbitants.
Un scandale aux ramifications politiques et économiques
L’affaire SEEG dépasse de loin les simples enjeux économiques et techniques. Elle met en lumière les luttes de pouvoir au sein du gouvernement de transition et révèle les tensions entre les acteurs majeurs du régime. Alors que Brice Clotaire Oligui Nguema se prépare pour une échéance présidentielle, cette crise pourrait bien ébranler son administration et accentuer les pressions extérieures sur son gouvernement.
Le président Oligui Nguema, en tranchant en faveur de Pierre Duro pour l’audit de la SEEG, prend un risque calculé. Cependant, les conséquences de cette décision, combinées aux répercussions économiques de la mauvaise gestion de l’entreprise publique, pourraient se retourner contre lui à long terme.
Source Africa Intelligence


























