Alors que l’interprétation de la loi par certains experts constitutionnalistes semble désormais autoriser le chef de l’État Oligui Nguema à créer un parti politique, l’initiative d’une assemblée générale constitutive des Bâtisseurs se présente comme une démarche juridiquement recevable. Toutefois, si la légalité de l’entreprise ne fait plus débat, sa logistique, elle, suscite un flot d’interrogations, voire de scepticisme.
Plébiscité à plus de 94 % lors de la Transition, le président de la République Oligui Nguema incarne une figure politique d’envergure nationale. Dès lors, comment justifier le choix du modeste Palais des Sports, d’une capacité de 6 000 places à peine, pour accueillir une assemblée censée marquer la naissance d’un mouvement structurant de soutien au chef de l’État ? Cette question se pose avec d’autant plus d’acuité que, selon des indiscrétions internes aux Bâtisseurs, le mouvement revendique fièrement plus de 40 000 adhérents.
Était-ce là une occasion manquée de montrer la force de mobilisation du parti en gestation ? Beaucoup s’attendaient à ce que le Stade de l’Amitié, vaste enceinte populaire, serve de théâtre à une démonstration de force digne de ce nom. L’ambition affichée aurait pu être de rassembler symboliquement la majorité silencieuse dans un lieu représentatif de la nation. À la place, c’est une salle de sport, aussi emblématique soit-elle, qui accueillera une poignée d’élus parmi les adhérents.
Cette décision soulève des questions de fond. Comment démontrer au président, chef de l’État, Oligui Nguema, la puissance de frappe de ses partisans si ceux-ci ne peuvent physiquement se réunir massivement ? Quel message politique envoie-t-on à la population en confiant à une logistique aussi restreinte une entreprise censée porter les couleurs de l’unité nationale ?
Quelle gloire tirer de la situation si un simple artiste comme L’Oiseau Rare rempli le Palais des Sports ?
L’on est en droit de se demander si les organisateurs n’ont pas, à leur manière, tenté d’imposer une vision réductrice du soutien populaire réel. En pleine saison sèche, période réputée favorable aux grands rassemblements, la restriction spatiale étonne. Encore plus surprenante est la demande faite aux participants d’apporter leur Numéro d’Identification Personnel (NIP) et leur pièce d’identité, alors même qu’un fichier national existe déjà. À quoi rime cette double vérification, sinon à donner une illusion de contrôle ou à renforcer une apparence d’organisation structurée ?
En filigrane, un proverbe issu des contes africains nous revient en mémoire : « Et si la grenouille voulait se faire plus grosse que le bœuf ? » Une allusion qui invite à la prudence. On se souvient tous de la fin du conte : la grenouille, à force de se gonfler, finit par éclater.
La sagesse populaire gabonaise, souvent ancrée dans la fable, pourrait ici rappeler à certains que dans la politique, comme dans la vie, le paraître ne remplace jamais l’être. Et que toute ambition, pour être durable, doit s’appuyer sur des fondations solides, cohérentes et sincères.











































