Un fait d’une gravité institutionnelle rare s’est produit ce mardi 13 janvier 2026 à Libreville, au cœur même d’un cadre officiel de concertation. René Mackbarre Makosso, président de l’organisation des marins et des employés des ports et rades (OMEPR), a été interpellé par des agents de la direction générale des recherches (DGR) alors qu’il répondait à une convocation formelle de la direction générale de la marine marchande pour participer à des assises de travail consacrées à la situation socioprofessionnelle des marins.
Les faits, désormais établis, interrogent autant par leur chronologie que par leur portée symbolique. Aux environs de 10 heures, dans l’enceinte même de la direction générale de la marine marchande, le président de l’OMEPR, accompagné de membres de son directoire, s’apprêtait à prendre part à deux réunions stratégiques convoquées par le directeur général, Jean-Cruz Lessagui. Ces séances devaient examiner les revendications des travailleurs, notamment ceux de la société de construction et d’Équipement (SCE), dans un climat censé être celui de l’écoute, de la médiation et de l’apaisement social.
C’est à ce moment précis que des agents de la DGR ont procédé à son interpellation, lui signifiant qu’il était « attendu » dans leurs services. Aucun mandat visible, aucune notification écrite, aucune explication immédiate sur les motifs de cette convocation. Selon des sources proches du dossier, René Mackbarre Makosso, affirmant n’avoir rien à se reprocher, s’est plié à la demande sans opposer la moindre résistance. Seul son secrétaire général adjoint a été autorisé à l’accompagner, laissant derrière lui une délégation amputée de son principal responsable.
La première réunion s’est néanmoins tenue, sous la présidence de monsieur Oscar Ndjao, directeur des Affaires portuaires et des activités maritimes connexes, en présence du vice-président de l’OMEPR, de son SGA, d’autres membres du bureau et des représentants de la SCE venus de Kango. Mais l’absence du président de l’organisation syndicale, figure centrale du dossier, a lourdement pesé sur la qualité des échanges.
La seconde séance, présidée par le directeur général de la Marine marchande et réunissant cette fois les représentants de la société PESCHAUD, s’est déroulée dans les mêmes conditions : sans René Mackbarre Makosso, pourtant dépositaire des éléments techniques, juridiques et sociaux essentiels à la compréhension du conflit. Sans surprise, aucune avancée significative n’en est sortie. Une nouvelle rencontre a été programmée pour la semaine suivante, assortie d’une exigence faite à l’OMEPR de transmettre, dans un délai très court, un cahier des charges ainsi que les fiches d’adhésion de ses membres.
Selon des informations concordantes, l’interpellation du président de l’OMEPR ferait suite à une plainte pour diffamation introduite par la société PESCHAUD. Plus troublant encore : cette plainte, initialement déposée à la DGR de Port-Gentil, aurait été transmise à Libreville par voie numérique, notamment via WhatsApp. Le caractère informel de cette transmission, combiné au timing de l’interpellation — le jour même des assises de conciliation — alimente un profond malaise dans les milieux syndicaux.
Au-delà du cas individuel de René Mackbarre Makosso, c’est une question de principe qui se pose avec acuité : peut-on sérieusement prétendre instaurer un dialogue social apaisé tout en neutralisant, au moment clé, l’un de ses principaux interlocuteurs ? L’image projetée est désastreuse. Elle donne le sentiment que l’espace de négociation est fragile, conditionné, voire subordonné à des rapports de force extérieurs au débat social.
Au moment de la mise sous presse, le président de l’OMEPR passait sa première nuit en détention dans les locaux de la DGR à Libreville, dans l’attente d’un éventuel transfert vers Port-Gentil. Dans une 5ᵉ République qui se veut fondée sur l’État de droit, la justice équitable et le respect des corps intermédiaires, cette affaire soulève de lourdes interrogations sur la protection effective de la liberté syndicale et sur la frontière, parfois floue, entre procédure judiciaire et pression institutionnelle.
L’affaire est loin d’avoir livré tous ses enseignements. Mais une chose est certaine : lorsqu’un syndicaliste est interpellé au seuil même d’une table de dialogue, ce n’est pas seulement un homme que l’on éloigne, c’est la confiance collective que l’on fragilise.
Comme le rappelle un proverbe de Lambaréné : « Quand on veut éteindre le feu, on ne commence pas par casser la calebasse de l’eau. »


























