Sandrine Nguemebe Endamane s’en est allée, comme une flamme que le vent surprend au détour d’un soir trop calme. Ce samedi 29 novembre 2025, l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB) a annoncé la disparition de celle qui venait tout juste d’être élue députée du département du Woleu, Canton Woleu, 5ᵉ siège. Professeure de philosophie, militante opiniâtre et voix singulière d’un féminisme enraciné, la “Queen Bikogo” laisse derrière elle un sillon lumineux, tranchant désormais avec la pénombre qui enveloppe sa trajectoire interrompue. Son portrait avait été dressé il y a quelques mois en arrière avant les législatives par Fall Bombenda, acteur civique et libre -penseur.
Elle n’aura pas eu le temps de siéger à l’Assemblée nationale. Mais son nom, lui, siège déjà dans la mémoire collective. Dans un pays où les politiques d’équité tentent d’ouvrir les portes trop lourdes du pouvoir aux femmes, Sandrine Nguemebe Endamane avançait comme une météore obstinée, bousculant les pesanteurs sociologiques qui se dressaient sur sa route.
Sa légende commence sur les bancs de l’Université Omar Bongo, où la jeune étudiante en philosophie s’est forgée dans l’ardeur du travail bien fait. Ses enseignants, témoins de sa rigueur, évoquent encore son acharnement scientifique et sa curiosité insatiable. Plus tard, comme enseignante, elle marquera des générations d’élèves par la précision et la chaleur humaine de son enseignement. “Madame Nguémébé est la meilleure !”, écrivent encore ses anciens élèves, devenus adultes, comme si la reconnaissance persistait au-delà du temps.

Militante des droits humains, elle répétait qu’elle “enseignait la vie”, donnant chair aux concepts philosophiques qu’elle transplantait dans le réel. Majore de sa promotion au concours de Conseillère pédagogique, elle s’avance ensuite en politique au sein du PSD de Pierre-Claver Maganga Moussavou, où elle gravit les échelons jusqu’à devenir vice-présidente et unique candidate féminine du parti aux législatives de 2018.
Puis vint l’audace fondatrice : créer son propre parti, Les Fondamentalistes, rassemblant des convaincus dans plusieurs provinces. Enfin, son ralliement à l’UDB parachève une ascension politique saluée dans le Woleu, qui la choisit comme représentante légitime et fière porte-voix de sa communauté. Membre très influente de la plateforme la plus puissante du pays, Édifice Commun, son départ brutal laisse de nombreux orphelins de ses analyses pertinentes.
Parmi les femmes les plus influentes du Gabon, elle incarnait cette lumière rare qui éclaire sans brûler. Aujourd’hui, cette lumière s’est éteinte, mais son rayonnement, lui, continue d’habiter ceux qu’elle a formés, inspirés et éveillés. Son absence laisse un vide profond, mais son héritage demeure une boussole pour celles et ceux qui refusent de courber l’échine. À travers ses combats, elle rappelle que la pensée peut devenir arme, et l’engagement, une source intarissable d’espérance pour tous.


























