Dans un climat politique déjà feutré par un ministère de la Santé en intérim, c’est une vidéo au ton presque familier qui a mis le feu aux poudres ce dimanche 30 novembre 2025. Le Dr Wenceslas Yaba, conseiller spécial du président de la République, y annonce d’une voix à la limite amusante mais lourde de conséquences que la Covid est bel et bien de retour au Gabon, tapie dans l’ombre depuis trois semaines. Une révélation qui tombe comme un coup de tonnerre dans un ciel que beaucoup croyaient enfin dégagé, tandis que le porte-parole de la Présidence, Théophane Nzame-Nze Biyoghe, évoquait vendredi dernier tout sauf cette menace sanitaire qui plane à nouveau sur les Gabonais.
Dans son message, devenu viral en quelques heures, le Dr Yaba répond aux interrogations qui enflaient dans les foyers comme un feu qu’on ne sait plus éteindre : « La Covid est de retour. Vous me posez beaucoup de questions : la grippe là, c’est quoi ? » Puis il tranche, sans détour. Selon lui, cette grippe persistante, qui s’invite dans les maisons depuis près d’un mois, n’est autre que la Covid, grimée sous un masque nouveau, un variant qu’il surnomme « Covid Frankenstein », moins létal peut-être, mais sournois, insidieux, et suffisamment agressif pour mériter toute l’attention du pays.
Il exhorte à un retour immédiat aux gestes barrières : se laver les mains comme on se protège d’une brûlure, sortir le gel hydroalcoolique comme un talisman, remettre la bavette dans les lieux publics comme un bouclier invisible. Pas de panique, dit-il, mais de la vigilance. Les traitements existent, les structures sont prêtes, du SAMU aux hôpitaux, où les cas se multiplient « partout, vraiment partout », insiste-t-il, martelant l’expression comme une invitation à ouvrir les yeux. Trente cas ici, quarante ailleurs, treize au sein d’une même famille dans le sud : la maladie voyage à la vitesse d’un ruisseau devenu torrent.
« C’est avec nous », répète-t-il, comme pour apprivoiser l’invisible. Il assure que les équipes sont mobilisées, que le numéro 1488 répondra aux appels, que les soins resteront gratuits. La pandémie, explique-t-il, est un cycle, un manège dangereux qui revient parfois sans prévenir, comme le paludisme ou d’autres infections qui rôdent dans le quotidien des Gabonais.
Mais derrière cette communication tardive se cachent de lourdes interrogations. Combien de malades ont déjà été emportés en silence, dans un pays où la santé de nombreux citoyens est fragile comme du verre ? Si ce variant est réellement moins létal, pourquoi aucune preuve scientifique n’a-t-elle encore été rendue publique ? Les autorités ont-elles manqué de transparence, ou ont-elles simplement été dépassées par un virus qui se faufile comme une ombre dans les ruelles de Libreville ?
La sacralisation de la vie semble reléguée au second plan, tant il paraît inconcevable qu’une telle épidémie ait été tue pendant trois longues semaines, sans communication claire, surtout lorsque le ministère de la Santé est dirigé par intérim. Le directeur général de la Santé et le secrétaire général du ministère sont restés silencieux, comme si la responsabilité brûlait entre leurs doigts.
Une chose demeure certaine : la Covid est de retour au Gabon, et cette fois, elle exige des réponses. Allô Théophane!


























