Ali Akbar Onanga Y’Obegue alerte : « Le gouvernement navigue sans boussole »
Publié le 4 novembre 2025, sur sa page officielle Facebook, la tribune d’Ali Akbar Onanga Y’Obegue, docteur en droit, enseignant à l’Université Omar Bongo et secrétaire général du Parti démocratique gabonais (PDG), sonne comme un appel solennel à la raison institutionnelle. Dans un texte d’une rare lucidité, l’ancien ministre dresse le tableau d’un exécutif « livré à l’improvisation, à la précipitation et à l’absence de coordination », où chaque ministre « joue sa propre partition dans un orchestre sans chef ».
D’entrée de jeu, l’universitaire dénonce « une cacophonie gouvernementale qui met à nu une architecture institutionnelle défaillante ». Selon lui, les déclarations contradictoires et les décisions hâtives traduisent une absence d’autorité centrale. Le cas du ministre des Relations avec les institutions, François Ndong Obiang, illustre cette dérive. En publiant un chronogramme jugé truffé d’erreurs juridiques, celui-ci aurait, selon Onanga Y’Obegue, « fait de la loi un instrument malléable au gré des intérêts politiques ».
Le juriste fustige notamment la déclaration selon laquelle les ministres élus députés « devront choisir entre leur siège et leur fonction », une interprétation qu’il qualifie d’« absurde et contraire aux articles 69 et 73 de la Constitution ». Pour lui, cette confusion démontre « une méconnaissance flagrante des textes » et révèle la nécessité d’une meilleure discipline gouvernementale.
L’ancien ministre s’attarde également sur le chronogramme électoral, dont plusieurs dates contredisent les dispositions constitutionnelles. L’organisation des élections sénatoriales avant la proclamation des résultats définitifs est, selon lui, « un château bâti sur du sable », un acte illégal susceptible d’entacher la légitimité des futures institutions.
S’appuyant sur une décision récente, il rappelle que « la Cour constitutionnelle est la seule habilitée à annuler des résultats électoraux », précisant que le ministre de l’Intérieur « a outrepassé ses attributions » en annulant unilatéralement des scrutins à Lékoni Lékori. Cette décision judiciaire, note-t-il, consacre le désaveu d’une pratique administrative devenue courante : « agir d’abord, réfléchir ensuite ».
Au-delà de la polémique, Onanga Y’Obegue voit dans cette dérive les symptômes d’un mal plus profond. « En supprimant la fonction de Premier ministre, écrit-il, on a privé l’État de son pilote. Chaque ministre s’improvise son propre chef, et la gouvernance s’enlise dans la confusion. » Pour lui, la fusion des fonctions de chef de l’État et de chef du Gouvernement crée « un déséquilibre pernicieux » qui fragilise la cohérence de l’action publique.
Face à ce constat, il appelle à un sursaut républicain. « Il ne faut pas figer l’erreur », avertit-il, plaidant pour le retour d’un système semi-présidentiel équilibré, où le Premier ministre redeviendrait « le garant de la discipline gouvernementale et le lien vivant entre le Président et le Parlement ».
« La République, conclut-il, ne se sauvera que par la restauration de l’ordre, de la rigueur et du respect du droit. » Un message fort lancé à la veille de la fin de la transition, dans un contexte politique déjà sous haute tension.


























