Ce lundi 3 novembre 2025, l’amphithéâtre du Ministère des Eaux et Forêts a vibré au rythme d’une cérémonie aussi solennelle que symbolique : l’installation de Tanguy Gahouma Bekale à la tête de la direction générale de l’environnement et de la protection de la nature (DEGPN). Sous la présidence du ministre de l’environnement, de l’écologie et du climat, Mays Mouissi, cet événement a marqué une nouvelle étape dans la volonté du gouvernement de replacer la gouvernance environnementale au cœur du développement durable du Gabon.
Le ton du ministre a été clair : rigueur, leadership et exemplarité doivent désormais guider l’action de la DEGPN. Ce discours résonne comme un appel à la cohérence entre les ambitions climatiques affichées du Gabon sur la scène internationale et la réalité de sa gestion environnementale sur le terrain.
Titulaire d’un master en Management, option contrôle, audit et conseil, et d’un MBA en management opérationnel du développement durable, Tanguy Gahouma Bekale n’est pas un novice dans la sphère environnementale gabonaise. Son parcours, d’une densité rare, témoigne d’une solide maîtrise des enjeux climatiques et institutionnels.
Conseiller spécial du président de la république, sécrétaire permanent du conseil bational climat (CNC), directeur général de l’AGEOS, puis secrétaire général adjoint de la présidence de la République, il a occupé des postes stratégiques qui lui ont permis de comprendre les rouages, mais aussi les blocages, de l’action publique.
Sur la scène internationale, son influence est reconnue. En 2015, il était point focal climat du Gabon à la CCNUCC, avant de superviser la finalisation du plan national d’affectation du territoire et la production de la Contribution Nationale Déterminée (INDC). En 2019, il siégeait au conseil d’administration du fonds vert pour le climat, et en 2020, il présidait le groupe des négociateurs Africains sur le climat (AGN), représentant les 54 États africains dans les négociations mondiales. Autant dire que sa nomination n’a rien d’un hasard : elle s’inscrit dans une logique de compétence et de continuité.
Mais au-delà des discours officiels et des curriculum vitae prestigieux, les Gabonais attendent désormais des actes.
Le pays, souvent cité en exemple pour sa politique de conservation forestière, souffre encore d’une contradiction criante entre les engagements internationaux et les réalités locales : pollution urbaine non maîtrisée, déforestation illégale, gestion défaillante des déchets, exploitation minière anarchique et fragilité croissante des écosystèmes aquatiques.
Les populations veulent voir une écologie du quotidien, pas seulement une diplomatie verte. Elles espèrent que sous la houlette de Tanguy Gahouma Bekale, la DEGPN deviendra un organe fort, capable de faire appliquer les lois environnementales, d’assumer des positions fermes face aux opérateurs économiques défaillants et d’impulser une vraie culture de responsabilité environnementale.
La mission du nouveau directeur général sera donc de taille : réconcilier la politique climatique internationale du Gabon avec les réalités locales. Il lui faudra passer d’une écologie de conférences à une écologie d’actions, de la parole aux preuves.
Sa capacité à mobiliser les financements verts, à redonner à la DEGPN une efficacité administrative réelle et à renforcer la surveillance environnementale sera déterminante.
Les Gabonais, eux, n’attendent plus des slogans mais une gouvernance écologique crédible, fondée sur la transparence, le contrôle rigoureux et l’inclusion des communautés locales dans la gestion des ressources naturelles.
En confiant cette direction à un homme de dossier et d’expérience, le gouvernement semble vouloir envoyer un signal fort : celui d’un retour à la rigueur et à la compétence dans la conduite des politiques environnementales. Mais la crédibilité de cette ambition dépendra de la capacité du nouveau directeur général à s’attaquer aux habitudes, aux lenteurs et aux compromis qui gangrènent encore le secteur.
Tanguy Gahouma Bekale hérite d’une institution stratégique dans un pays qui aime se présenter comme un modèle écologique. Il devra désormais transformer cette image en réalité tangible, visible dans les rues, les forêts et les eaux du Gabon.
La balle est dans son camp, et celui de la DEGPN. Le Gabon, lui, observe.
Par Darlyck Ornel Angwe


























