L’inauguration du Complexe évangélique de la Libération le 14 août 2025, construit sur le site de l’ancienne École primaire privée protestante d’Angom à Kango, aurait coûté près de 3 milliards de francs CFA. Une somme considérable qui soulèverait de sérieuses interrogations sur les priorités du gouvernement en matière d’éducation car cet argent viendrait des poches du contribuable.
Alors que le pays compterait des centaines d’écoles publiques délabrées, sans eau potable, sans électricité et parfois sans tables-bancs, cet investissement massif dans un établissement confessionnel susciterait l’incompréhension. Des salles de classe fuiraient à la moindre pluie à Libreville ou Port-Gentil et des cantines scolaires resteraient fermées faute de moyens.
Avec 3 milliards de francs CFA, on aurait pu :

réhabiliter complètement des lycées vétustes comme le lycée Jean-Hilaire Aubame, dont les toitures menaceraient de s’effondrer ; doter les écoles rurales du Haut-Ogooué et de la Ngounié de mobilier neuf, de sanitaires décents et de manuels scolaires ; ouvrir des cantines scolaires pour nourrir les enfants dans les zones enclavées et améliorer leur fréquentation scolaire.
Certains syndicats de l’éducation auraient d’ailleurs dénoncé, en privé, un déséquilibre flagrant : pourquoi un seul établissement de Kango, qui plus est privé et confessionnel, bénéficierait-il d’un financement des autorités équivalent à plusieurs années de budget d’entretien du parc scolaire public?
Le président Brice Clotaire Oligui Nguema, lors de la cérémonie d’inauguration, a présenté ce projet comme « la libération du Gabon par la connaissance ». Mais des analystes feraient remarquer qu’une véritable libération consisterait d’abord à assurer des conditions d’apprentissage dignes pour tous les enfants gabonais, et pas seulement pour une minorité scolarisée dans un établissement vitrine de Kango.
Aujourd’hui, le Complexe évangélique de la Libération brille de ses 32 salles de classe, de ses dortoirs et de son plateau sportif. Mais derrière cette vitrine, des milliers d’élèves continueraient d’étudier dans des écoles délabrées, sans électricité, sans manuels et parfois sans enseignants qualifiés. Une question s’imposerait donc avec force : fallait-il bâtir un joyau isolé… ou donner à tout le pays une éducation digne ?
Par Darlyck Ornel Angwe











































