Rêver d’aller vivre ailleurs n’est pas un caprice isolé au Gabon. En avril-mai 2024, 46 % des adultes interrogés par Afrobarometer confiaient avoir songé à quitter le pays. Parmi eux, 20 % y pensaient «beaucoup», 13 % «quelque peu» et 13 % «un peu». De fait, publiée en 2026, cette photographie vieille de deux ans capture un instant, pas une tendance figée. Elle révèle toutefois qu’un horizon mondial habitait déjà l’imaginaire d’une large partie des Gabonais. Comme un vent venu du large, cette aspiration soufflait sur presque un foyer sur deux.
Ce chiffre mérite qu’on s’y arrête, sans l’ériger en verdict définitif. En effet, 46 % ne signifie pas 46 % de candidats déclarés au grand départ. À l’inverse, 54 % des sondés répondent «pas du tout» avoir envisagé l’exil. Ainsi, l’échantillon se scinde presque en deux, comme un fleuve à la croisée de deux rives. L’enquête, menée par le CERGEP auprès de 1 200 adultes, affiche une marge d’erreur de trois points. Le niveau de confiance annoncé atteint quant à lui 95 %, un socle statistique solide.
Trois continents, un même magnétisme
Quand Afrobarometer interroge les candidats à vivre ailleurs, aucune destination n’écrase franchement les autres. Par ailleurs, l’Europe arrive en tête avec 31 %, suivie de près par l’Amérique du Nord à 29 %. Fait notable, 27 % préféreraient une terre africaine, loin de l’image d’un exode uniquement occidental. De ce fait, l’horizon migratoire gabonais ressemble à une boussole à trois aiguilles plutôt qu’à une flèche unique. Ce triple attrait interdit toute lecture hâtive d’un simple tête-à-tête avec l’Europe. Au contraire, il dessine une carte du monde éclatée en trois pôles presque égaux.
Des motivations restées dans l’ombre
C’est la question que cette carte statistique laisse pourtant sans réponse. Ainsi, emploi, études, carrière, regroupement familial ou simple soif d’aventure : l’infographie ne tranche pas sur le vivre ailleurs. Dès lors, impossible d’affirmer que ce chiffre traduit un rejet du pays natal. De même, penser à l’exil ne signifie pas préparer ses valises. Entre l’idée qui germe et le billet d’avion réservé, un océan d’incertitudes demeure. Aussi, l’intention ferme et le passage à l’acte restent deux rives séparées par bien des courants. Cette zone grise, finalement, en dit plus sur les rêves que sur les projets réels.
Une photographie datée, un signal pour demain
Reste ce presque un sur deux, chiffre trop lourd pour l’anecdote. Notamment, ces réponses ont été recueillies avant l’élection présidentielle de 2025 et ses suites. Elles ne disent donc rien des envies d’ailleurs des Gabonais en 2026. Néanmoins, elles racontent un pays où l’horizon international nourrissait déjà bien des rêves en 2024. Pour une nation qui ambitionne de retenir ses talents, ce signal mérite d’être écouté, pas seulement lu. Comme le dit un proverbe de Lambaréné : « L’arbre qui voyage en pensée garde toujours ses racines ».











































