Les débats en cours sur la responsabilité et le rôle de la tutelle quant à la gestion des médias ont progressé parallèlement aux définitions émergentes de ce qui pourrait être un cadre éthique utile guidant les Médias au Gabon. La relation entre le ministère de la Communication, la HAC et les médias a été tendue et caractérisée par des conflits sur les perceptions respectives de ce qui devrait être le rôle de chacun pendant la Transition Gabonaise.
Récemment le ministère de la Communication et des Médias a accueilli une réunion décisive entre le ministre des Tutelles et les représentants des organisations de presse (OPAM, CPPPL, UPPIG, RENAJI, UGPS). Le ministre a insisté pour un secteur plus vertueux et un cadre réglementaire pour une presse responsable.
Un cadre réglementaire pour une presse responsable ?
Afin de promouvoir une presse responsable il faudrait encourager les journalistes à s’autoréguler. On devrait permettre aux journalistes de concevoir eux même des codes éthiques. L’une de mes propositions serait d’avoir deux codes éthiques: Un code sur les normes professionnelles et un Code de pratique professionnelle de la presse.
Ces deux codes décrivent les principes et normes éthiques que les professionnels des médias devront respecter scrupuleusement. Ils peuvent sembler similaires mais ils comporteront tout de même des différences.
Similitudes
1. Respect de la vérité et de l’exactitude : les deux codes souligneront l’importance pour les professionnels des médias au Gabon de rendre compte de manière précise et véridique. Ils interdiront la diffusion d’informations fausses ou trompeuses et obligeront les journalistes à vérifier l’exactitude de leurs sources.
2. Respect de la vie privée et de la dignité : Les deux codes reconnaîtront l’importance de respecter la vie privée des individus et d’éviter la publication de documents qui portent atteinte à leur vie privée ou provoquent un préjudice ou une détresse inutile. Ils vont promouvoir également la protection de la dignité individuelle et l’évitement des contenus discriminatoires.
3. Indépendance et impartialité : les deux codes souligneront la nécessité pour les professionnels des médias de maintenir l’indépendance et l’impartialité dans leurs reportages. Ils souligneront l’importance d’éviter les conflits d’intérêts et de ne pas permettre aux intérêts personnels ou commerciaux d’influencer leurs informations.
4. Responsabilité envers le public : Les deux codes souligneront la responsabilité des professionnels des médias de servir l’intérêt public et de fournir des informations justes, équilibrées et impartiales. Ils encourageront les journalistes à être responsables de leur travail et à corriger toute inexactitude ou information trompeuse.
Différences
1. Le code sur les normes professionnelles s’appliquera à tous les professionnels de la communication, y compris les praticiens des relations publiques, les journalistes et autres professionnels des médias. D’autre part, le Code de pratique professionnelle de la presse se concentrera spécifiquement sur la conduite professionnelle des journalistes.
2. Contenu : Bien que les deux codes couvrent des principes éthiques similaires, il y aura des différences dans les détails spécifiques et les lignes directrices fournies. Par exemple, le code sur les normes professionnelles couvrira les relations publiques et les médias sociaux, qui ne seront peut-être pas couverts de manière aussi approfondie dans le code de pratique professionnelle de la presse.
3. Mécanismes d’application et de plainte : Les deux codes pourront avoir des mécanismes différents pour faire respecter les directives éthiques et traiter les plaintes. Le code d’éthique sur les normes professionnelles facilitera le traitement des plaintes par l’intermédiaire de son comité des pratiques professionnelles, tandis que le code de pratique professionnelle de la presse fournira un cadre d’autorégulation mais encouragera également le dépôt de plaintes auprès des organismes professionnels.
4. Contextes culturels : Le code d’éthique sur les normes professionnelles étant plus largement applicable, il pourra prendre en compte différents contextes culturels et rôles professionnels, reflétant la diversité des professionnels de la communication qu’il couvre. Le Code de pratique professionnelle de la presse pourra inclure des nuances qui tiendront compte du paysage médiatique unique et des problèmes sociétaux du pays.
L’importance d’autorégulation des médias pour une presse responsable
L’autorégulation est une combinaison de normes définissant les codes de conduite appropriés pour les médias qui sont nécessaires au soutien de la liberté d’expression, et traitent la manière dont ces conduites seront surveillées et dégage la responsabilité. Les avantages de l’autorégulation sont bien répétés. L’autorégulation préserve l’indépendance des médias au Gabon et les rend vertueux à long terme. Cela pourrait être plus efficace comme système de régulation et permettre aux médias de mieux comprendre leur propre environnement. Un élément très important de cette autorégulation est de permettre aux journalistes de générer des revenus, intérêts commerciaux et de contribuer à la réglementation de la publicité. Comme l’environnement médiatique devient mondial (à travers le développement de l’internet et plateformes numériques) la question de la juridiction devient plus complexe et la réglementation peut combler le vide qui en résulte. En appliquant ces orientations cette industrie reviendra moins cher au gouvernement parce que l’industrie se supportera financièrement et rendra peut-être plus flexible la réglementation gouvernementale à long terme.
Ces mesures peuvent sembler difficiles car elles atténuent la force de contrôle du gouvernement sur les médias au Gabon. A l’heure de la Transition cela pourrait être un défi à relever pour les autorités du pays.
Jacques Ndong
Expert en Politique de suivi des médias.











































