Le verdict rendu ce lundi par la Cour criminelle spécialisée de Libreville, condamnant Sylvia Bongo et Noureddin Bongo à de lourdes peines, a immédiatement provoqué une onde de choc et une vive réaction de la défense. Sylvia Bongo et son fils aîné, Noureddin, ont été respectivement condamnés à 20 ans de réclusion et à des amendes colossales, Noureddin se voyant infliger une peine additionnelle de plus de 2 200 milliards de francs CFA pour préjudices financier et moral.
La réaction la plus virulente est venue de Maître François Zimeray, l’avocat français de Sylvia et Noureddin. S’exprimant sur RFI, le conseil a dénoncé une « condamnation politique » et un « tissu de mensonges ». Il a spécifiquement visé le procureur général près la Cour d’appel judiciaire de Libreville, Dr Eddy Minang, accusé d’avoir avancé des chiffres « totalement imaginaires » durant le procès. Pour Me François Zimeray, la Cour, présidée par Jean Mexant Essa Assoumou, s’est fourvoyée dans une « opération de spoliation » plutôt que de rendre la justice. Il a qualifié la peine de « trahison de toute idée de justice », rappelant les deux années de séquestration et de torture qu’auraient subies ses clients.
De son côté, Noureddin Bongo, via le réseau social X, a réfuté toute malversation financière. Il a qualifié le jugement de conséquence des pressions exercées par la junte militaire, affirmant qu’il continuerait sa lutte pour la vérité devant des juridictions qu’il juge, elles, indépendantes. Les chefs d’accusation retenus contre Sylvia Bongo incluent le recel, le détournement de fonds publics et le blanchiment, tandis que Noureddin a été reconnu coupable de détournement de deniers publics, concussion, usurpation de titres et association de malfaiteurs.
Le prononcé de ces peines historiques contre les membres de l’ancienne famille présidentielle, couplé aux déclarations explosives de leur défense, cristallise la tension au Gabon. L’enjeu dépasse largement le cadre financier ; il s’agit d’une bataille de légitimité entre le nouveau pouvoir et les symboles de l’ancien régime, menée sur le terrain judiciaire. La condamnation, qui cumule réclusion et sommes astronomiques, vise clairement à marquer une rupture nette avec la période précédente, en signalant l’intolérance du nouveau régime face à la corruption présumée.
Cependant, la force des accusations portées par Me Zimeray ne peut être ignorée. L’affirmation selon laquelle le procureur aurait menti sur les montants, et que les témoignages auraient été obtenus sous la contrainte de la junte militaire, introduit un doute substantiel sur la régularité de la procédure devant la Cour criminelle spécialisée. Lorsque l’avocat d’un accusé de haut rang qualifie un verdict de « honteux » et de « tissu de mensonges », cela mine gravement la crédibilité du processus judiciaire aux yeux de l’opinion internationale et, potentiellement, de certains citoyens nationaux.
Pour que cette décision soit acceptée comme un acte de restauration de l’État de droit et non comme une vengeance d’État, les autorités gabonaises devront impérativement prouver, via des preuves irréfutables rendues publiques, que les chiffres et les faits retenus par la Cour ne sont pas, comme le prétend Me François Zimeray, « imaginaires ». Sans cette transparence, le verdict restera, pour une partie de l’opinion, une victoire de la force sur le droit.
Par Yann Yorick Manfoumbi Manfoumbi


























