Le Centre de Recherche Médicale de Lambaréné (CERMEL) vient de placer le Gabon au centre de l’attention mondiale en santé publique. Sous la houlette du Dr Ghyslain Mombo-Ngoma, un essai clinique de phase 3 a prouvé qu’une combinaison de quatre molécules antipaludiques administrée en une seule prise est aussi efficace que le traitement standard de trois jours. Cette innovation, basée sur la combinaison SPAP (Sulfadoxine, Pyriméthamine, Artésunate, Pyronaridine), est une réponse directe aux deux fléaux qui minent l’éradication du paludisme en Afrique : la résistance aux médicaments et le défaut d’observance thérapeutique.
L’argumentaire scientifique derrière le SPAP est robuste. En attaquant le parasite sur quatre fronts simultanément, l’équipe du Dr Mombo-Ngoma reproduit une stratégie éprouvée contre d’autres maladies complexes, comme la tuberculose. Cela réduit drastiquement la fenêtre de tir permettant au parasite de développer des mécanismes de défense contre les molécules. L’efficacité de 93 % observée sur plus de 1 000 patients, y compris de jeunes enfants, démontre que cette approche est cliniquement viable, se mesurant à l’efficacité du traitement standard AL.
Le second avantage, et peut-être le plus crucial pour l’impact sur le terrain, est l’observance. Dans les zones rurales ou à faible infrastructure, s’assurer qu’un patient prenne correctement ses comprimés pendant trois jours est un casse-tête logistique et humain. Une dose unique élimine cette complexité, garantissant que le traitement est mené à son terme, ce qui est essentiel pour stopper la propagation.
Ce qui rend cette avancée particulièrement prometteuse, c’est son accessibilité potentielle. Les molécules constitutives sont majoritairement déjà intégrées dans les programmes nationaux de lutte contre le paludisme. Le Dr Mombo-Ngoma souligne que la production locale de certains composants existe déjà, et que la version générique de l’association artésunate-pyronaridine sera disponible prochainement. L’enjeu réside désormais dans la formulation d’une capsule ou d’un sachet unique combinant les quatre.
Face à l’urgence, l’Afrique concentrant 95 % des décès liés au paludisme, ce traitement issu de la recherche gabonaise offre un espoir tangible. Il ne s’agit pas seulement d’un succès scientifique pour le CERMEL ou le Dr Mombo-Ngoma ; c’est la démonstration que l’Afrique peut générer des solutions de haute technicité pour ses propres crises sanitaires. L’intérêt manifesté par des pays comme le Mali ou le Kenya valide cette trajectoire. Le prochain défi sera de passer rapidement de l’essai clinique à la production à grande échelle et à la distribution massive.
Par Yann Yorick Manfoumbi Manfoumbi










































