Libreville, le 25 decembre 2025- La décision du président rwandais Paul Kagame de fermer des milliers d’églises dans son pays continue de susciter de vives réactions à travers le continent africain. Au-delà du choc émotionnel, cette mesure ouvre un débat de fond sur le rôle réel des institutions religieuses dans nos sociétés contemporaines, un débat qui, au Gabon, commence lui aussi à murmurer avec insistance.
S’exprimant lors d’une conférence de presse retransmise en direct, Paul Kagame a posé une question aussi simple que dérangeante : « Quel est le rôle de ces églises ? Fournissent-elles des emplois ? » Derrière cette interrogation se cache une critique sévère d’un système religieux qu’il juge, pour partie, dévoyé. Selon lui, nombre d’églises ne remplissent plus une mission spirituelle ou sociale, mais se seraient transformées en machines à soutirer l’argent de fidèles souvent vulnérables. Il n’a pas hésité à qualifier certaines d’entre elles de véritables « tanières de bandits ».
Le chef de l’État rwandais va plus loin encore en inscrivant cette question dans une lecture historique. Pour lui, l’Église demeure un vestige du passé colonial, un outil de domination psychologique dont les effets persistent. « Vous avez été trompés par les colonisateurs et vous continuez à vous laisser tromper », a-t-il lancé, dénonçant une forme de servitude volontaire entretenue par des discours religieux sans contrôle ni responsabilité.
Cette position est d’autant plus frappante que le Rwanda reste un pays profondément croyant : environ 93 % de la population se déclare chrétienne selon le recensement de 2024. La décision présidentielle n’apparaît donc pas comme une croisade contre la foi, mais comme une tentative de régulation d’un secteur devenu, aux yeux des autorités, anarchique, opaque et parfois prédateur.
Au Gabon, où la prolifération des églises dites de « réveil » est un phénomène bien visible, cette expérience rwandaise résonne fortement. Beaucoup s’interrogent : ces structures contribuent-elles réellement au développement économique et social ? Créent-elles de la valeur, de l’emploi, de la solidarité concrète ? Ou exploitent-elles la misère, la peur et l’espérance pour s’enrichir en toute impunité ?
Le débat est délicat, car il touche à la liberté de culte, pilier fondamental de toute démocratie. Mais il devient inévitable lorsque la foi se mue en commerce, et que le sacré sert de paravent à des pratiques abusives. Le Rwanda a fait le choix d’une régulation ferme, au risque de la controverse. Le Gabon, lui, se trouve face à une question similaire : faut-il continuer à fermer les yeux, ou engager un débat courageux sur l’encadrement des activités religieuses ?
Au fond, la question posée n’est pas celle de Dieu, mais celle de la responsabilité. Dans une société en quête de repères, la foi peut être un refuge ; encore faut-il qu’elle n’en devienne pas une prison dorée pour les uns, ni une source d’enrichissement indécent pour les autres.


























