Dans une tribune libre, Les Sentinelles de la République expriment leur position sur le Référendum 2024 au Gabon, en exhortant les citoyens à se prononcer en faveur du « NON ». Cette prise de position contraste avec celle d’autres acteurs, qu’ils soient citoyens, associations politiques ou apolitiques, qui, pour leur part, appellent à soutenir le « OUI » lors de cette consultation populaire, comme en témoignent leurs interventions dans nos colonnes. Après avoir vu leur recours visant l’annulation du scrutin rejeté pour vice de forme par la Cour constitutionnelle, Les Sentinelles de la République renouvellent leur engagement et reprennent leur plaidoyer. À lire sans plus tarder!
À l’approche de l’ouverture de la campagne pour le prochain référendum, notre pays se prépare à un moment crucial. Il est essentiel de se pencher sur la moralité des organes responsables de l’organisation de l’ensemble du processus électoral et vous comprendrez pourquoi nous appelons au « NON » au Référendum 2024.
Alors que les forces vives de la nation débattent de l’opportunité de voter pour ou contre, il est impératif de souligner une priorité : la question de la gestion du processus électoral. La sincérité du verdict des urnes découle directement de la transparence et de la rigueur avec lesquelles ce processus est conduit.
À quoi bon mobiliser la population pour promouvoir le « non » au Référendum 2024 si, en définitive, nous n’avons aucun moyen de prouver la fiabilité des résultats ? Pire encore, en cas de contestation, si aucun support matériel ne peut être fourni parce que le ministère de l’Intérieur détient seul, et sans contrôle, la gestion du processus ?
Nous devons reconnaître que les organes électoraux inclusifs précédemment en place n’ont pas répondu aux attentes. Cependant, il serait malhonnête d’affirmer que leurs échecs étaient dus à l’incapacité des structures elles-mêmes. En réalité, ce sont des pratiques déviantes, introduites par des individus mal intentionnés (tricheurs, corrompus et corruptibles), qui ont sapé la crédibilité du processus. Les faiblesses n’étaient pas celles de l’organe en lui-même, mais plutôt de ceux qui en ont abusé.
Bien sûr, on pourrait faire valoir que le ministère de l’Intérieur présente les mêmes défauts. Mais à la différence du CGE, qui était un organe inclusif impliquant toutes les parties prenantes, il offrait à chacune la possibilité de disposer de preuves tangibles en cas de contestation, une réelle avancée dans la transparence électorale.
Sur le code électoral
Le code électoral reste le véritable point d’achoppement du processus à venir. Il est peu probable que le ministre de l’Intérieur, nommé par le pouvoir en place, annonce une défaite allant à l’encontre de celui qui l’a désigné. L’histoire de notre pays nous enseigne que l’administration sert avant tout les intérêts de ceux qui détiennent le pouvoir politique, plutôt que ceux de la République. Rien, dans ces circonstances, ne garantit l’impartialité et la neutralité du processus électoral.
Sur le fond du projet constitutionnel
Nos positions sont claires. Concernant l’article 53, les partisans du « oui » affirment que des critères encadrant l’éligibilité à certaines fonctions souveraines existent dans tous les pays du monde. Cependant, répondre à ces sirènes de division, introduites par le système Bongo-PDG, contribue à marginaliser certains Gabonais de sang. Nous devons nous rappeler que des binationaux ont déjà occupé des postes importants, sans que cela ne pose de problème, tandis que des « Gabonais de souche » ont trahi le pays en octroyant la nationalité à des marabouts et autres individus corrompus.
L’article 53 du projet de constitution semble davantage être un aveu d’incapacité du Comité pour la Transition et la Restauration des Institutions (CTRI) à construire des institutions fortes. Des textes, même discriminatoires, ne suffiront pas si ceux qui les appliquent restent corrompus. Sans des hommes forts et intègres, des lois fortes ne peuvent pas exister.
Prenons l’exemple de Jean Ping, souvent appelé « le Chinois ». Malgré ses origines, il a toujours été considéré comme Gabonais à part entière par la population. L’article 53 trahit cet esprit d’unité et d’inclusion qui a toujours caractérisé le Gabon.
Sur le régime présidentiel et le mandat
Le passage à un régime présidentiel est une bonne initiative, à condition qu’il assure une véritable séparation des pouvoirs, avec un exécutif qui n’interfère ni dans le législatif ni dans le judiciaire. Concernant la durée du mandat de 7 ans, il est utile de rappeler que le président des États-Unis mène deux programmes politiques en seulement 8 ans. Pourquoi donc, au Gabon, aurait-on besoin de 7 ans pour accomplir un programme, alors que les Bongo, en 50 ans, n’ont pas été capables d’en achever un seul ?
Sur la souveraineté
Aucun pays digne de ce nom ne peut prétendre à sa souveraineté économique s’il ne contrôle pas sa monnaie. Le projet de constitution aurait dû aborder la question de la gestion des devises et envisager la sortie du CFA, tout en intégrant le démantèlement de la base militaire française et d’autres forces étrangères sur notre sol. De même, la Garde Républicaine devrait être réintégrée au sein des autres corps armés véritablement républicains.
Nous devons aussi instituer une journée du souvenir pour honorer nos martyrs dans la lutte pour le départ des Bongo.
Pour toutes ces raisons, nous ne saurions être solidaires de l’anarchie actuelle au sommet de l’État. L’histoire nous enseigne que la division entraîne des tragédies, comme l’ivoirité en Côte d’Ivoire ou le génocide au Rwanda. Nous appelons le pouvoir en place à faire preuve de sagesse et à garantir l’intérêt supérieur de la nation en modifiant le code électoral pour le rendre inclusif et transparent, gage d’élections apaisées. Si ces demandes ne sont pas prises en compte, nous nous mobiliserons pour le « non » au Référendum 2024 et encouragerons nos compatriotes à en faire de même.
C’est maintenant de briser le mur de l’ignorance!
la République demeure et les Hommes passent
Les Sentinelles de la République


























