Dans la nuit du 8 au 9 mars 2023, le ferry Esther Miracle sombrait entre Libreville et Port-Gentil. Ce naufrage causait 34 morts et 7 disparitions officielles. Plus de deux ans après la tragédie, le tribunal correctionnel de Libreville a rendu son verdict ce jeudi 28 mai.
Huit prévenus sont reconnus coupables de mise en danger de la vie d’autrui. La société Royal Coast Marine, propriétaire du navire, est également condamnée. Chaque personne physique condamnée reçoit 38 mois de prison et un million de francs CFA d’amende.
Cette peine couvre le temps de détention préventive déjà purgé. En pratique, certains condamnés ne retourneront donc pas en prison.
Homicide involontaire retenu contre le commandant du navire
Au-delà de la mise en danger d’autrui, le commandant du navire fait face à une charge supplémentaire. Un autre prévenu est également visé. Tous deux sont condamnés pour homicide involontaire, ce qui aggrave leur qualification pénale.
Parmi les condamnés figure aussi le directeur général de la marine marchande de l’époque. Cette condamnation engage directement la responsabilité de l’autorité de contrôle de l’État. En revanche, le directeur général de Royal Coast Marine est relaxé par le tribunal.
Cette relaxe surprend, car la compagnie elle-même est condamnée. Son épouse et plusieurs employés de la société figurent pourtant parmi les condamnés.
Des indemnisations jugées dérisoires par les avocats
Le tribunal a fixé à 248 millions de francs CFA le total des dommages et intérêts. Ce montant représente environ deux millions de francs CFA par victime. Les familles et leurs conseils attendaient des réparations bien plus élevées.
Cette décision suscite une vive déception chez les avocats des parties civiles. Ils envisagent de faire appel dans les prochains jours. La cour s’est par ailleurs montrée plus indulgente que le parquet.
Lors de son réquisitoire, le procureur avait comparé l’Esther Miracle à un corbillard. Il avait aussi qualifié l’équipage de croque-morts, une formule qui avait marqué les esprits à l’audience.
« Une très grosse déception » pour les conseils des victimes
Maître Calvin Job, avocat des parties civiles, ne cache pas son amertume après le verdict. Il dénonce une décision qu’il perçoit comme un mépris envers les victimes et leurs proches.
Me Job annonce des recours judiciaires pour obtenir la révision du jugement. Cette démarche pourrait conduire l’affaire devant la cour d’appel de Libreville dans les semaines à venir.
La défense de Royal Coast Marine aussi insatisfaite
Paradoxalement, l’avocate de la compagnie Royal Coast Marine partage cette insatisfaction. Maître Solange Nfono Ekomye critique la logique juridique du tribunal sur la responsabilité individuelle.
Cette critique de la défense illustre les contradictions du verdict. D’un côté, la société est condamnée. De l’autre, son dirigeant principal reste relaxé sans démonstration claire des responsabilités individuelles.
L’assureur tenu de verser les garanties aux familles des victimes
Le tribunal a également ordonné à l’assureur de verser les garanties contractuelles prévues. Ces garanties concernent les personnes décédées lors du naufrage d’Esther miracle. Cette mesure représente un élément concret de réparation pour les familles endeuillées.
Toutefois, ce versement ne suffira pas à compenser les attentes des proches des victimes du ferry Esther miracle. L’affaire devrait donc se poursuivre devant une juridiction supérieure, à moins d’un accord amiable entre les parties.

























