Libreville, le 8 novembre 2025 — Un vent de colère souffle sur le ministère de la Santé. Le Syndicat national des personnels de santé publique du Gabon (SYNAPS-PGA), dirigé par Éric Akouri, monte au créneau pour dénoncer ce qu’il qualifie d’« injustice administrative » dans le traitement réservé aux agents du secteur par la Fonction publique, notamment dans l’application de la loi n°1/2005 du 4 février 2005 portant statut général de la Fonction publique. La principale revendication des agents : la reconnaissance effective de leurs années de service et l’accès équitable au concours professionnel, jusque-là réservé aux agents âgés de 52 à 57 ans, selon l’interprétation actuelle du texte.
« Nous ne sommes pas pris au sérieux. La Fonction publique brandit la loi pour nous exclure, mais ferme les yeux sur ses propres manquements », déplore un agent de santé rencontré devant les locaux du ministère.
En effet, plusieurs dossiers de candidature au concours professionnel ont été rejetés, au motif que les candidats ne remplissaient pas les conditions d’âge fixées par la réglementation. Pourtant, rappellent les agents, l’article 18 de la loi n°1/2005 prévoit que « l’avancement est fondé sur le mérite, l’ancienneté et la formation professionnelle ».
Or, depuis plus de 16 ans, les écoles professionnelles de santé sont restées fermées, empêchant toute progression de carrière. Ce qui scandalise le plus les agents, c’est la sélectivité avec laquelle les textes sont appliqués. Ils soulignent que la Fonction publique elle-même a récemment fait une exception, en élargissant la tranche d’âge du concours professionnel à 59 ans, contre 57 initialement.
« S’il a été possible de faire une exception pour certains, pourquoi ne pas en faire une pour les milliers d’agents ayant plus de 20 ans de carrière ? », interroge un représentant syndical.
Cette position s’appuie également sur l’article 45 de la même loi, qui stipule que « l’administration doit veiller au développement professionnel continu des agents publics ».
En pratique, aucune mesure concrète n’a été prise pour assurer cette formation obligatoire. « Le texte prévoit une mise à niveau tous les cinq ans, mais personne n’a jamais été envoyé en formation. Cette disposition reste lettre morte », dénoncent les agents.
Pour le SYNAPS-PGA, il ne s’agit pas d’une simple question d’interprétation de la loi, mais d’un problème structurel de reconnaissance du travail et du sacrifice des agents de santé.
Le SYNAPS-PGA rappelle que les blocages observés ne peuvent être justifiés par une application sélective des textes.
« Beaucoup d’entre nous ont consacré plus de deux décennies au service public sans jamais bénéficier d’un avancement. Le ministre de la Santé a pourtant proposé que les agents ayant plus de 20 ans de carrière passent automatiquement à la catégorie supérieure. Mais la Fonction publique s’y oppose, au nom d’une rigueur administrative à géométrie variable », dénonce le secrétaire général du syndicat, Éric Akouri.
Le climat de défiance s’accentue. Les agents affirment être prêts à faire entendre leur voix par tous les moyens légaux, si aucune solution n’est trouvée.
Pour le SYNAPS-PGA, cette situation ne peut plus durer, car elle fragilise à la fois les personnels et le fonctionnement du système de santé.
Certains évoquent même la possibilité de siéger à la Fonction publique pour réclamer réparation : « S’ils veulent appliquer la loi, qu’ils commencent par nous rembourser les 20 ou 25 ans de service passés sans stage ni formation », ironise un infirmier principal.
Derrière la colère, se cache une réalité inquiétante : le sentiment d’abandon des travailleurs du secteur de la santé, pourtant en première ligne des défis sanitaires du pays.
Leur demande est simple : la cohérence dans l’application des lois. « Nous ne demandons pas des privilèges, mais la justice », résume sobrement un cadre hospitalier.
Les agents du ministère de la Santé demandent :
L’application équitable des dispositions de la loi n°1/2005 du 4 février 2005, notamment ses articles 18 et 45 ;
La prise en compte de l’ancienneté de service comme critère d’avancement exceptionnel, conformément à l’esprit du texte ;
La mise en œuvre effective des formations quinquennales prévues pour les agents publics.
Par Darlyck Ornel Angwe


























