Libreville, le 28 juin 2026- Le dossier des taxes perçues au marché Mont-Bouët entre dans une phase décisive. En effet, la Cour des comptes a officiellement décidé d’examiner les dénonciations du SDG et de l’ONG-SDG. Pourtant, leurs principaux auteurs sont désormais détenus au Camp Roux. Cette concomitance troublante alimente le débat sur la protection des lanceurs d’alerte.
Par un courrier daté du 24 juin 2026, la haute juridiction financière répond officiellement. Son Premier Président, Alex Euv Moutsiangou, accuse réception de la dénonciation adressée par le SDG et l’ONG-SDG. Ainsi, les faits signalés seront examinés conformément aux textes régissant le contrôle des finances publiques.
Cette précision revêt dès lors une portée considérable. Elle indique que les allégations relatives aux taxes municipales restent pleinement fondées aux yeux de la juridiction compétente, qui les juge suffisamment sérieuses pour en assurer le contrôle.
Par ailleurs, la Cour des comptes n’intervient qu’en matière de régularité des ressources publiques. Son implication confère donc au dossier une dimension institutionnelle majeure. L’affaire dépasse désormais un simple différend entre commerçants et administration municipale.
Une chronologie qui alimente de profondes interrogations
Cette évolution survient néanmoins dans un contexte singulier. Après avoir multiplié les dénonciations auprès des autorités judiciaires et administratives, plusieurs responsables du SDG sont interpellés. Or, les investigations sollicitées n’ont pas encore abouti.
Comment, dès lors, interpréter cette succession d’événements ? Les auteurs des dénonciations font aujourd’hui l’objet de poursuites. Simultanément, les faits qu’ils ont signalés sont en cours d’examen par la juridiction financière de l’État. Une telle situation n’établit certes ni culpabilité ni innocence. Toutefois, elle invite à rappeler un principe fondamental.
En démocratie, la justice pénale ne saurait décourager ceux qui saisissent les institutions de contrôle. L’autorité judiciaire est donc appelée à démontrer son indépendance. Les deux procédures doivent évoluer sur des fondements exclusivement guidés par le droit.
Cotisations syndicales ou prélèvements illicites ?
Les accusations contre les responsables syndicaux portent notamment sur des sommes perçues auprès des commerçants. Or, les éléments recueillis par la Presse Judiciaire Gabonaise tendent à montrer autre chose. Il s’agirait de cotisations syndicales versées volontairement par les adhérents, conformément aux statuts du SDG.
En droit, la distinction est loin d’être anodine. Une cotisation syndicale procède d’un lien associatif librement consenti entre une organisation et ses membres. Elle ne possède ni la nature ni le régime juridique d’une taxe publique instituée par une collectivité territoriale.
Assimiler ces deux mécanismes reviendrait ainsi à confondre une contribution privée avec une imposition publique. L’enquête judiciaire devra donc déterminer avec précision la nature exacte des sommes litigieuses.
Dynamique Unitaire dénonce une atteinte aux libertés syndicales
Face à cette situation, la Confédération syndicale Dynamique unitaire sort de sa réserve. Dans une déclaration du 27 juin 2026, son président par intérim, Roger Ondo Abessolo, appelle à la mobilisation. Il invite toutes les organisations affiliées à se rassembler devant le Tribunal de première instance de Libreville. L’audience est prévue ce 29 juin 2026.
Au-delà du soutien aux responsables du SDG, la centrale syndicale entend affirmer un principe. La liberté d’organisation, d’expression et de revendication reste un droit fondamental. Ce principe est protégé par le droit gabonais et par les conventions internationales relatives aux droits syndicaux.
Une affaire emblématique de la gouvernance publique gabonaise
L’affaire dépasse désormais la seule question des taxes municipales au marché Mont-Bouët . Elle pose celle de la protection des citoyens qui interpellent les institutions sur d’éventuelles irrégularités. Elle questionne également la capacité des organes de contrôle à exercer leurs missions en toute indépendance.
Pendant que la Cour des comptes poursuit ses vérifications, une autre attente se dessine. La procédure judiciaire devra évoluer dans le strict respect du procès équitable, des droits de la défense et de l’égalité des citoyens devant la loi.
En définitive, dans un État de droit, la crédibilité des institutions ne se mesure pas seulement à leur capacité de poursuivre. Elle se mesure aussi à leur aptitude à entendre ceux qui dénoncent et à distinguer la contestation légitime de l’infraction véritable. Comme le dit un proverbe de Lambaréné : « Lorsque deux pirogues se disputent le courant, c’est le fleuve qui révèle laquelle suit le bon chenal. »









































