Les élections législatives et locales de 2025, censées refléter la transparence et la vitalité démocratique du Gabon, semblent s’embrumer d’une étrange fumée d’arrangements occultes. Dans le département de la Dola, à l’unique siège de Ndendé, l’air est saturé d’accusations, de soupçons et de manœuvres qui rappellent les mascarades d’antan. Selon des informations persistantes, le vice-président de la République, Séraphin Moundouga, aurait fait de Ndendé son champ de bataille secret, au bénéfice d’un seul homme : Mays Mouissi. L’objectif ? Faire tomber Yves Fernand Manfoumbi, le « soldat » indocile, avec la froideur d’un stratège et les armes troubles de la politique de couloir.
À en croire les murmures du terrain, une somme colossale, pas moins de 500 millions de FCFA, aurait circulé dans les salons feutrés du département. Une pluie de billets, distribuée comme une dîme électorale, aurait arrosé chefs de villages, notables, jeunes filles mères et responsables associatifs. « Ne votez pas Manfoumbi », tel serait le mot d’ordre qui, glissé sous la porte, s’est propagé comme un parfum entêtant. Cette rumeur de corruption, si elle se confirme, donnerait des allures de marché aux enchères à ce scrutin pourtant crucial.
La figure de Mays Mouissi, secrétaire général de l’Union démocratique des Bâtisseurs (UDB), cristalliserait dès lors les interrogations. Est-il ce fils du terroir que les populations de Ndendé reconnaissent comme l’un des leurs, capable de converser dans la langue punu avec la chaleur d’un frère ? Ou bien apparaît-il comme un héritier parachuté, dont les bienfaits restent invisibles aux yeux du peuple ? Face à lui, Yves Fernand Manfoumbi semble jouer le rôle du candidat enraciné, l’homme de proximité, le voisin de palier que l’on sollicite en cas de besoin. L’opposition entre les deux hommes prend ainsi les allures d’une fable : d’un côté, la politique des coffres-forts ; de l’autre, celle des cœurs ouverts.
Mais l’accusation la plus sulfureuse, celle qui résonne comme un coup de tonnerre, serait celle des 2000 procurations supposément engrangées en faveur de Mays Mouissi. Un chiffre vertigineux qui fait vaciller l’idée même de sincérité électorale. Comment un seul département pourrait-il concentrer une telle manne de votes délégués, sinon par une orchestration savamment pensée ? La procuration, outil démocratique légitime, se transformerait ici en arme sournoise, un « chèque en blanc » distribué par poignées, au service d’une victoire déjà écrite.
Cette méthode rappelle avec ironie les travers du Parti démocratique gabonais (PDG), honni pour ses fraudes et ses ruses, et pourtant renversé le 30 août 2023. L’UDB, jadis chantre de la rupture et de la probité, risquerait ainsi de revêtir le masque même qu’elle avait juré de déchirer. L’histoire se répète, et les promesses se muent en caricature.
À Ndendé comme à Ntoum, le scénario semble copier-coller. Là-bas, Zephirine Etotowa Ntutume, alliée de l’UDB, affronterait Camélia Ntoutoume Leclercq avec une désinvolture déconcertante. « Je vais gagner, vous le verrez », clame-t-elle sans véritable campagne, comme si la victoire n’était plus un objectif, mais un dû. L’électorat, transformé en spectateur d’une pièce déjà écrite, se retrouve prisonnier d’un théâtre d’ombres où les acteurs jouent faux.
Cette situation soulève une question brûlante : l’élection de Ndendé serait-elle une « présidentielle bis », une sorte de référendum masqué sur l’autorité du président Oligui Nguema ? Car si celui-ci, tel que le suggèrent les rumeurs, impose Mays Mouissi comme lieutenant, il s’expose à un paradoxe cruel : comment prétendre incarner la refondation démocratique tout en répétant les vieux stratagèmes de ses prédécesseurs ?
Les populations de la Dola, plus précisément celle du chef-lieu Ndendé, elles, observent avec une lucidité désarmante. Elles savent que le vrai juge de paix n’est ni la valise pleine de billets ni la pile de procurations, mais bien la mémoire collective. On peut acheter des consciences pour un jour, mais on ne corrompt pas l’histoire pour toujours. Et si cette « élection à la Dola » s’avère effectivement entachée de fraude, elle marquera un revers cuisant pour l’UDB et ternira l’éclat du magistère d’Oligui Nguema, plébiscité le 12 avril 2025.
Au fond, derrière la poussière soulevée par les meetings et les chiffres gonflés des procurations, se cacherait une vérité simple : dans une démocratie, la confiance vaut plus que l’or, et celui qui la trahit se condamne à l’infamie. La Dola deviendrait ainsi le miroir grossissant d’un Gabon hésitant entre l’aube d’une véritable démocratie et les ténèbres des vieilles pratiques.


























