Sous les voûtes sobres de l’ONG la Ruche Des Idées, avec pour partenaire l’ANPI, le verbe a retrouvé ses lettres de noblesse le 21 février 2026. Il ne s’agissait plus de parler, mais d’ordonner la pensée ; non de séduire, mais de convaincre ; non d’occuper l’espace, mais de l’habiter. La deuxième édition du concours d’éloquence orchestré par La Ruche Des Idées dont la thématique est « La parole de la femme gabonaise contre toutes formes de violence » s’est imposée comme une célébration exigeante de l’intelligence articulée.
Dominique Kiarra Avore Mezui, dont la prestation fut retenue par le jury, a accueilli cette distinction avec une lucidité rare : sa performance, confie-t-elle « demeure perfectible ». L’aveu n’est pas faiblesse ; il est le sceau des esprits en devenir, conscients que l’excellence n’est jamais un état, mais une tension permanente vers le mieux dire.
Dix demi-finalistes se sont succédé, offrant au public un spectacle où la rigueur dialectique se conjuguait à l’élégance de la diction et à la noblesse de la posture. La présidente du jury, Josiane Ogoula, l’a souligné avec gravité : « Nous avons du talent au Gabon et ces jeunes nous le prouvent un peu plus à chaque étape. » La formule, loin d’être emphatique, prend ici valeur d’attestation.
L’architecture du concours s’est voulue méthodique. Les quarts de finale, tenus le 14 janvier dernier à l’ANPI, avaient déjà donné la mesure de l’ambition. En amont, les candidates ont bénéficié de formations approfondies en prise de parole — cette science subtile de la maîtrise de soi — ainsi qu’en art du débat contradictoire. Car débattre suppose une discipline intérieure : accepter la tension des idées sans céder à la tentation de l’anathème.

Maroga Okou Janys’s Laurencia, secrétaire générale de l’ONG la Ruche Des Idées, précise : « Pour cette demi-finale, les candidates ont été confrontées à une phase de débat. Deux d’entre elles devaient s’affronter autour d’une thématique donnée, en respectant le pour et le contre. » L’exercice est d’une redoutable fécondité : il contraint à penser l’argument adverse avec la même probité que le sien propre.
Le jury n’a pas dissimulé son admiration devant « la qualité des discours, l’éloquence, la prestance et la capacité d’adaptation » de ces jeunes femmes, y compris face à des sujets qu’elles ne maîtrisaient pas intégralement. Cette aptitude à structurer l’instant, à transformer l’imprévu en ressource argumentative, constitue sans doute l’un des marqueurs les plus sûrs de l’oratrice accomplie.
L’événement doit également sa tenue à un partenariat qualifié de « merveilleux » avec l’ANPI, dont l’appui logistique a permis d’inscrire la compétition dans un cadre institutionnel prestigieux. Plusieurs partenaires ont été mis à l’honneur lors de cette demi-finale, parmi lesquels Ipoung et Gab Culture Evans, fidèles soutiens depuis la première édition. La présence de l’ambassadrice d’Eli, lauréate inaugurale, a rappelé que l’éloquence, lorsqu’elle est cultivée avec constance, peut devenir un véritable levier d’influence et de rayonnement.

L’ultime étape s’annonce. Six jeunes femmes, désormais finalistes, s’apprêtent à se mesurer lors de la grande confrontation prévue à Arambo, ce samedi 21 mars 2026. Chacune portera sur scène non seulement sa voix, mais une vision, une architecture de pensée, une manière singulière d’habiter la contradiction.
Le public est convié à cette joute décisive. Il ne s’agira pas d’un simple spectacle, mais d’un exercice civique : assister à la mise en forme publique de la raison, encourager la jeunesse à préférer l’argument à l’invective, la nuance à l’excès.
Car, comme le dit un proverbe de Lambaréné : « La parole est comme la pirogue : mal dirigée, elle te renverse ; bien conduite, elle te mène à bon port. »











































