Dans une tribune publiée le 26 février 2026, le journaliste et président du parti REAGIR, Michel Ongoundou Loundah dissèque avec une précision chirurgicale un phénomène qui gangrène silencieusement la démocratie africaine : la transformation systématique des coups d’État militaires en victoires électorales estampillées légitimes. Une mécanique diaboliquement bien huilée, dénoncée sans détour ni complaisance, qui métamorphose le crime constitutionnel en récit national glorieux avant de le couronner solennellement dans les urnes. Un cycle pervers que le continent semble avoir normalisé avec une inquiétante sérénité.
Une alchimie institutionnelle africaine aux contours profondément inquiétants
« Il existe en Afrique une alchimie institutionnelle fascinante », écrit Michel Ongoundou Loundah en ouverture, posant d’emblée le décor d’un continent où les règles du jeu démocratique se plient comme de la cire chaude aux mains de ceux qui tiennent les armes et contrôlent les urnes. Là où ailleurs un putsch demeure un crime constitutionnel gravé dans le marbre du droit international, il se transmute ici en « coup de libération » ou en « transition salvatrice », avant de se métamorphoser, par un tour de passe-passe électoral savamment orchestré, en victoire écrasante et en portrait officiel encadré dans les palais du pouvoir conquis par la force. Tout repose, selon l’auteur, sur le fameux « communiqué numéro un », le ton feutré et complice des chancelleries régionales et internationales, et surtout sur la célérité avec laquelle les censeurs de la veille découvrent soudainement que l’essentiel est désormais de « préserver la paix ». Le continent africain est ainsi devenu, aux yeux d’Ongoundou Loundah, le laboratoire fertile d’apprentis sorciers en treillis, habilement déguisés en « sauveurs » ou en « libérateurs » de leurs peuples. Sa conclusion est lapidaire, tranchante et sans appel : « qu’il soit en kaki ou en costume-cravate, un putschiste reste un putschiste ». Une vérité simple que beaucoup feignent d’oublier sitôt que les intérêts géopolitiques entrent dans la danse.
Le sommet de l’UA comme révélateur d’un malaise continental profond
Pour étayer son analyse avec la rigueur d’un procureur face à ses jurés, Ongoundou Loundah s’appuie sur la scène du 14 février 2026, lors du 39e sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba. João Lourenço, président angolais et sortant de la présidence tournante de l’UA, y a planté sa vérité comme un couteau dans la table des diplomaties complaisantes : on ne revient pas à l’ordre constitutionnel, rappelle l’auteur, « du seul fait que les auteurs du coup d’État organisent des élections et s’y fassent élire ». Lourenço avait dénoncé avec une politesse tranchante qui blesse sans crier « une forme de blanchiment d’un acte entaché d’illégitimité », une formulation que l’auteur juge non seulement pertinente mais indispensable. Ongoundou Loundah convoque également la Charte africaine de la Démocratie, des Élections et de la Gouvernance, dont l’article 25, alinéa 4, dispose clairement que « les auteurs de changement anticonstitutionnel de gouvernement ne doivent ni participer aux élections organisées pour la restitution de l’ordre démocratique, ni occuper des postes de responsabilité dans les institutions politiques de leur État ». Un texte que les États membres ont eux-mêmes signé et que certains foulent aux pieds avec une désinvolture confondante. Pour le tribun, la ligne de démarcation est absolue : « ce n’est pas un slogan, c’est une norme de droit ». Une norme contraignante, non négociable, que nulle transition ne saurait effacer d’un trait de plume constitutionnel.
Gabon et Guinée : deux études de cas accablantes qui font jurisprudence
Michel Ongoundou Loundah s’attarde avec une précision documentée sur deux exemples qu’il qualifie de particulièrement édifiants pour quiconque doute encore de la réalité du phénomène. Au Gabon, le général Brice Clotaire Oligui Nguema, auteur du putsch du 30 août 2023, a vu sa victoire solennellement consacrée à « 94,85% des suffrages » lors de la présidentielle du 12 avril 2025, en moins de deux ans après avoir renversé par la force le gouvernement constitutionnel. « Ce n’est pas un résultat de compétition, c’est une liturgie politique », tranche l’auteur avec une ironie cinglante, soulignant qu’un score aussi verrouillé, aussi hermétiquement fermé à toute contestation réelle, « réduit l’opposition à l’état d’anecdote » et transforme l’élection en simple cérémonie de confirmation. Il rappelle également qu’au moment même où ce processus institutionnel se déroulait dans les formes, des citoyens gabonais lucides déposaient courageusement à l’UA une « requête en invalidation de la candidature du chef de la junte militaire », révélant le fossé béant entre une frange éclairée de la population et un régime du CTRI décidé à se blanchir par les urnes.
En Guinée, le scénario se rejoue avec la régularité mécanique d’une pièce dont on connaît déjà le dénouement avant même que le rideau se lève. Le général Mamadi Doumbouya a reproduit le même schéma huilé : coup d’État en 2021, référendum en 2025 effaçant opportunément l’interdiction de candidature pour les hommes de la junte, et une présidentielle remportée avec « 86,7% des voix », après exclusion méthodique des figures d’opposition majeures, dans un climat de répression pudiquement qualifié de « paisible » par des observateurs aux yeux soigneusement fermés. Pour Ongoundou Loundah, la conclusion s’impose avec la brutalité froide d’une évidence mathématique : « nous assistons à la normalisation du putsch sur le continent, à condition qu’il sache se maquiller ». Et de citer Lourenço comme ultime avertissement solennel : une telle tolérance institutionnelle et diplomatique « encourage les coups d’État militaires ». Le message est clair, le diagnostic posé, la thérapie connue. Il ne manque que la volonté collective de l’appliquer. Au suivant.


























