Pendant des décennies, le Gabon a regardé ses richesses souterraines partir vers d’autres horizons sans en capter la véritable substance économique. Avec le projet Baniaka, porté par le groupe australien Genmin depuis 2012, le pays semble décidé à tourner cette page douloureuse et à écrire enfin un chapitre où la valeur ajoutée reste sur le sol gabonais, irrigue les familles, nourrit les entreprises locales et consolide une souveraineté économique trop longtemps promise mais jamais pleinement conquise.
Car derrière les chiffres de production se cachent des visages humains et des destins économiques concrets. Baniaka emploie aujourd’hui 120 salariés gabonais sur le chantier. Mais ce n’est là qu’une esquisse du tableau final. À plein régime, le projet projette de générer 700 emplois directs, auxquels s’ajouteront un volume équivalent d’emplois indirects dans la sous-traitance, la logistique, le transport et les services connexes. Ce sont potentiellement 1 400 familles gabonaises qui trouveront dans ce gisement de fer non pas une simple extraction de minerai, mais une source de revenus stables, de dignité professionnelle et de perspectives d’avenir dans un bassin économique encore trop peu industrialisé. Chaque tonne de minerai arraché à la terre gabonaise deviendra ainsi un vecteur de développement humain, un maillon d’une chaîne de valeur enfin ancrée dans le territoire national.
Sur la scène minière mondiale, l’équation gabonaise est en train de se réécrire avec une ambition inédite. Le pays, déjà deuxième producteur mondial de manganèse grâce à la COMILOG avec sept à huit millions de tonnes annuelles, ajoutera à son arsenal cinq millions de tonnes de fer dès fin 2026, puis dix millions à l’horizon 2030. Cette montée en puissance propulsera le Gabon dans le cercle restreint des nations qui diversifient leur portefeuille minier avec méthode et vision stratégique. Là où d’autres pays africains restent prisonniers d’une monoculture extractive, Libreville construit une architecture minière à plusieurs piliers, capable de résister aux tempêtes des cours mondiaux et d’offrir une résilience économique que les générations futures pourront hériter.
La rencontre du 28 février 2026 entre Thierry Makando de REMINAC et le vice-président Hermann Immongault illustre précisément cette nouvelle philosophie : l’État gabonais ne se contente plus de délivrer des permis et d’encaisser des redevances. Il négocie, il exige, il impose des critères d’employabilité nationale et de contenu local comme conditions non négociables de l’exploitation. Baniaka n’est donc pas simplement un gisement de fer. C’est le laboratoire vivant d’un nouveau contrat entre le Gabon et ses ressources naturelles, où la richesse du sous-sol devient enfin la richesse du peuple. Le métal brille. Le pays aussi.


























