Il faut le dire sans tourner autour du pot : ce que nous avons vu ce matin du 11 juillet 2025 à l’aéroport international Léon Mba relève moins de l’expression d’un enthousiasme citoyen que d’un folklore politique d’un autre âge. Le Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, rentré des États-Unis après une mission diplomatique, a été accueilli par une cohorte de jeunes, tambour battant, slogans criés à pleins poumons, comme s’il revenait d’avoir marché sur la lune.
Mais que célèbre-t-on exactement? Un retour de guerre? Une médaille olympique? Ou tout simplement un déplacement présidentiel classique — dans l’exercice de ses fonctions — tel que le prévoit le contrat social qu’est la Constitution?
À l’ère de la Ve République, le Gabon ne peut plus se permettre ces scènes d’un autre temps. L’aéroport n’est pas un ndoss où l’on vient danser pour honorer un chef de clan revenu des champs. C’est un lieu de transit, pas un podium de propagande. Nous ne voulons plus de ces « sorties de piste » institutionnelles où la République se fait spectacle et où la solennité de la fonction présidentielle est noyée dans la ferveur arrangée.
Le Président Oligui Nguema est allé aux États-Unis pour représenter le pays? Parfait. C’est d’ailleurs pour cela qu’il a été élu. Mais doit-on vraiment dérouler le mokéké (le tapis de la fête) à chaque déplacement comme si c’était une bénédiction divine? Ce genre de scène fait penser à ces cortèges d’antan où les chefs de villages étaient accueillis avec des chants et des danses après avoir simplement été au marché.
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Il faut recentrer les rôles et les responsabilités. Les jeunes qui marchent à l’aéroport devraient être à l’université, en formation, en atelier de citoyenneté ou à l’écoute d’un vrai plan d’insertion. Pas transformés en figurants d’une mise en scène politique orchestrée par quelques officines en mal de reconnaissance.
La Ve République prônée par le Président lui-même suppose une transformation profonde de notre rapport à la gouvernance. Elle n’est pas une danse extatique, un rite initiatique où l’on acclame le chef pour se rassurer. C’est un changement de paradigme, une République de la sobriété, de l’efficacité, de l’action silencieuse mais concrète.
Ce que nous voulons désormais, ce ne sont pas des cortèges d’adulation improvisés, mais des conférences de presse pour expliquer les résultats du voyage, des rapports rendus publics, des annonces claires sur les retombées diplomatiques ou économiques. Marcher avec les jeunes? Soit. Mais qu’on marche vers un projet, un emploi, une politique publique. Pas dans le vide symbolique.
Le peuple gabonais a grandi. Il voit, il comprend, il juge. La Ve République ne pourra se construire sur les mêmes recettes que la précédente : celles des bains de foule orchestrés, des foules ramenées à coups de sandwichs et de tee-shirts, ou des jeunes instrumentalisés pour jouer les tambourinaires du retour présidentiel.
Le silence vaut parfois mieux que le tam-tam. Il est temps de réapprendre à gouverner avec dignité, et de laisser l’excitation de la foule aux soirs de match. Un Président n’est pas un idole de la pop culture. Il est le serviteur du peuple, et non son demi-dieu.
Le peuple attend du concret, pas des chorégraphies de retour d’aéroport.
Par Darlyck Ornel Angwe journaliste stagiaire


























