Réunis le 2 mai 2026 à Libreville, à l’initiative de l’Association des professionnels de l’information et de la communication (APIC), des journalistes gabonais ont anticipé la Journée mondiale de la liberté de la presse 2026 pour dresser un bilan critique de leur profession. Refusant de reporter l’événement au 8 mai comme suggéré par le ministère de la Communication, ils ont maintenu la date symbolique afin de « défendre l’indépendance du calendrier professionnel ».
Placée sous le thème « Façonner un avenir en paix », la rencontre intervient dans un contexte marqué par une multiplication des arrestations de journalistes. En ouverture, Abel Eyeghe, président de l’APIC, a rappelé : « Il ne peut y avoir de paix durable sans une information libre, indépendante et responsable ». Toutefois, il a aussitôt souligné que « plusieurs faits récents nous obligent à nommer les choses », évoquant un climat de plus en plus restrictif.
Un cadre numérique jugé préoccupant
Les discussions ont mis en lumière les nouvelles mesures encadrant l’espace numérique. Abel Eyeghe a dénoncé « la suspension sans délai des réseaux sociaux suivie d’une ordonnance imposant l’identification obligatoire et la responsabilité du partage ». Selon lui, « ces dispositions construisent un environnement où la liberté d’expression existe sur le papier mais devient suffisamment risquée pour encourager le silence ».

L’APIC appelle ainsi à « réviser les articles les plus contraignants ». Cela permet d’éviter une dérive vers l’autocensure et de préserver l’équilibre entre régulation et liberté.
Arrestations et pressions : une inquiétude persistante
La question des arrestations a été au cœur des échanges. Les cas d’Harold Leckat, interpellé en octobre 2025, de Roland Olouba Oyabi et de Médard Tounda Youbi deviennent emblématiques de la violation des droits des journalistes. Abel Eyeghe affirme que « ces arrestations envoient un signal négatif à l’ensemble de la corporation et contredisent les progrès réalisés ».
Il ajoute que « plusieurs professionnels ont subi des pressions et des procédures aux contours flous », renforçant un sentiment d’insécurité au sein des rédactions.
Désinformation et intelligence artificielle au centre des débats
Intervenant comme conférencier, Boursier Tchibinda a insisté sur les défis liés aux mutations numériques. « Nous avons organisé cette rencontre pour outiller les journalistes face à la désinformation et à l’intelligence artificielle », a-t-il expliqué.
S’appuyant sur une étude menée lors des élections, il précise que « des noyaux de désinformation ont été identifiés », appelant à « améliorer la collecte et le traitement de l’information ». Il souligne également que « le renforcement des capacités et la solidarité entre confrères sont essentiels pour garantir une information vérifiée ».
Conventions collectives : un enjeu structurant
Le professeur Anaclet Ndong Ngoua, l’autre conférencier, a, pour sa part, mis l’accent sur la dimension sociale du métier. « Les conventions collectives ont pour objectif d’améliorer les conditions de travail et de prévenir les risques sociaux », a-t-il rappelé.
Il regrette néanmoins que « chez nous, cela reste un débat intellectuel », appelant les journalistes à s’organiser. Selon lui, « la liberté ne se donne pas, elle s’acquiert », insistant sur la nécessité de syndicats représentatifs.
Une profession à la croisée des chemins
Au terme des échanges, les participants ont souligné les défis majeurs de la presse gabonaise. Il s’agit notamment des pressions institutionnelles, de la transformation numérique et de la précarité professionnelle.
Malgré ce contexte, Abel Eyeghe a conclu son discours sur une note d’engagement. Il a rappelé qu’« Une presse libre ne fragilise pas les institutions, elle les renforce ». Un message qui résonne dans un environnement où l’avenir du journalisme indépendant reste étroitement lié aux garanties démocratiques.











































