La récente interdiction de la commercialisation des sachets plastiques à usage unique au Gabon, formalisée par l’ordonnance n°12/PR/2024 et la loi n°009/2024, marque un tournant environnemental majeur. Si le Syndicat libre des commerçants du Gabon (Sylicog) affiche un soutien de principe à cette initiative louable, visant la santé publique et la préservation de la biodiversité, il soulève une préoccupation économique significative qui mérite une analyse approfondie du contexte actuel.
Dans le cadre de cette transition écologique forcée, le gouvernement, par ces textes législatifs, aligne le Gabon sur les tendances environnementales mondiales, reconnaissant l’impact dévastateur des sachets plastiques non biodégradables sur les écosystèmes, notamment dans un pays où la biodiversité constitue un pilier de l’identité nationale.
Cependant, l’application immédiate de cette interdiction frappe de plein fouet les opérateurs économiques. Djos Maïk Kierigouo, président du Sylicog, met en lumière l’investissement massif réalisé par les commerçants dans l’importation de sachets biodégradables, lesquels avaient été préalablement certifiés par les autorités. Des centaines de millions de francs CFA se retrouvent ainsi immobilisés en stocks. Exiger la fin immédiate des ventes reviendrait à annihiler ces capitaux, créant une crise de liquidité pour de nombreux petits et moyens commerçants.
La proposition du Sylicog d’un délai supplémentaire de cinq mois, portant l’échéance à février 2026, n’est pas un rejet de la loi, mais une demande de gestion pragmatique de la transition. Ce moratoire permettrait d’écouler les stocks des sachets plastiques existants sans générer de pertes sèches, assurant ainsi une stabilité économique minimale pendant que le marché s’adapte aux nouvelles normes.
Par ailleurs, l’ouverture au dialogue et la suggestion d’instaurer une taxe de valorisation des sachets plastiques et des déchets associés, basée sur le principe du « pollueur-payeur » et de la responsabilité élargie du producteur (REP), démontrent une volonté de co-construction. Le Sylicog reconnaît sa part de responsabilité environnementale et propose un mécanisme économique durable pour financer la gestion des déchets, transformant potentiellement une contrainte en une source de financement pour l’assainissement.
Le gouvernement doit désormais intégrer cette dimension socio-économique dans son calendrier écologique. Trouver un équilibre entre la protection de l’environnement et la viabilité des entreprises locales est essentiel pour que cette transition écologique soit acceptée et pérenne sur l’ensemble du territoire.
Par Yann Yorick Manfoumbi


























