Dans un tourbillon judiciaire qui secoue la presse gabonaise, le journaliste Harold Leckat, directeur de publication de Gabon Media Time, est retenu depuis mercredi à la Direction générale des recherches (DGR) du Camp Roux. Interpellé dès sa descente d’avion à l’aéroport Léon Mba, de retour d’une formation à Montpellier financée par l’Union européenne, il se retrouve accusé d’avoir escroqué la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC), malgré la présentation de justificatifs originaux soigneusement conservés par l’institution.
Selon des sources judiciaires, l’affaire tourne autour d’un contrat commercial signé en septembre 2020 avec la CDC, rompu fin 2024 par les nouvelles autorités. Curieusement, la même convention avait été maintenue plus de six mois par le nouvel ADG, soulevant des questions sur la consistance de l’accusation. Mais plus que les aspects financiers, c’est le traitement réservé au journaliste qui fait frémir : une détention aux allures de torture.
Déféré vendredi 17 octobre devant le parquet, Harold Leckat n’a pas mâché ses mots. « Je suis contraint de dormir sur une chaise, menotté toute la nuit », a-t-il dénoncé, évoquant un malaise survenu la veille et son isolement des cellules collectives. La dignité humaine semble ici suspendue à un fil fragile.
Malgré ces conditions dénoncées, le procureur de la République, Bruno Obiang Mve, a ordonné une prolongation de 72 heures de la garde à vue, renvoyant le dossier à lundi matin. Des experts en droit pénal, sous couvert d’anonymat, y voient la marque d’un « dossier creux », où la justice joue la montre faute de preuves solides.
« Une tactique classique pour masquer le vide probatoire », confie un avocat, rappelant que Harold Leckat, chef d’entreprise et père de famille, offre toutes les garanties de représentation. Tandis qu’il endure une nuit supplémentaire sur sa chaise de fortune, l’affaire interpelle l’ensemble des autorités judiciaires et risque de ternir l’image d’un Gabon post-transition.
Sur la scène internationale, l’Union européenne, mécène de sa formation, suit le dossier de près. La justice gabonaise est appelée à trancher rapidement pour éviter que ce feuilleton judiciaire ne se transforme en un scandale diplomatique retentissant.


























