La récente sortie du ministre de l’Économie, Henri Claude Oyima, affirmant que « la Fonction publique est aujourd’hui saturée et ne peut plus embaucher comme nous le souhaitons. Nous voulons encourager l’entrepreneuriat et la création d’entreprise », a provoqué une onde de choc dans l’opinion publique gabonaise. Derrière cette déclaration, censée incarner une vision économique moderne, se cache une réalité bien plus complexe et douloureuse : celle d’un État qui semble se dérober à ses responsabilités fondamentales.
Car si l’entrepreneuriat est un levier de développement, il ne peut être brandi comme une solution miracle dans un pays où les conditions de création et de pérennisation d’entreprise sont parmi les plus hostiles de la sous-région. Accès au financement verrouillé, absence de banques publiques dédiées aux jeunes porteurs de projets, fiscalité écrasante, contrôles administratifs abusifs, favoritisme dans l’attribution des marchés publics… Le parcours de l’entrepreneur gabonais est un véritable chemin de croix.
La saturation de la Fonction publique, évoquée par le ministre, soulève elle-même des contradictions. Comment peut-on parler de manque de place quand des milliers de postes sont occupés par des fonctionnaires fantômes, quand les cumuls de fonctions sont monnaie courante, et quand le népotisme gangrène les recrutements ? Pourquoi l’armée continue-t-elle de recruter massivement alors que les jeunes diplômés civils sont laissés pour compte ? C’est ici quelques interrogations des populations.
Cette posture gouvernementale, qui consiste à détourner les regards de l’État employeur vers un secteur privé défaillant, traduit une démission politique. Elle envoie un signal dangereux à la jeunesse : étudier ne garantit plus un avenir, et entreprendre sans réseau ni capital revient à se condamner à l’échec.
L’entrepreneuriat ne doit pas être une injonction, mais une option viable, soutenue par des politiques publiques cohérentes, inclusives et équitables. Tant que l’État ne se réforme pas en profondeur, tant que les institutions ne garantissent pas l’égalité des chances, cette rhétorique restera une provocation pour des milliers de Gabonais en quête de dignité et de justice sociale via la Fonction publique.












































