Libreville, le 21 octobre 2025 —
Présenté samedi dernier devant la commission des finances, le projet de loi de finances 2026 pour la mission interministérielle “gestion et contrôle des ressources hydrauliques, énergétiques et pétrolières” marque une volonté claire du gouvernement de la Ve République : refonder la politique de l’eau et de l’énergie au Gabon.
Sous la direction des ministres Philippe Tonangoye et Sosthène Ngema Nguema, le document budgétaire se veut ambitieux, structuré et porteur d’un souffle nouveau. Avec une enveloppe de 307,8 milliards de FCFA, contre seulement 24,8 milliards en 2025, le gouvernement affiche sa détermination à rétablir un service public performant, garant d’un accès élargi à l’eau et à l’électricité.
Mais derrière la fermeté du ton et la noblesse des intentions, une question demeure : le Gabon dispose-t-il réellement des moyens et des structures nécessaires pour transformer cette ambition en réalité durable ?
Philippe Tonangoye parle d’une “rupture avec le passé” et d’un budget élaboré sur le principe de la “base zéro”. En clair, il s’agit de repartir de zéro pour repenser les dépenses publiques. Cette approche, séduisante sur le papier, répond à une attente populaire forte : celle d’un État plus efficace, plus équitable, et enfin à l’écoute des besoins vitaux des citoyens.
Cependant, cette ambition s’inscrit dans un contexte socioéconomique encore fragile. L’accès à l’eau potable et à l’électricité demeure inégal, particulièrement dans les zones rurales. Les infrastructures sont vieillissantes, la maintenance insuffisante, et la gouvernance du secteur reste souvent marquée par des lenteurs administratives et des pratiques opaques.
Promettre un taux de couverture de 95 % pour l’eau et 90 % pour l’énergie d’ici 2032 suppose non seulement des investissements colossaux, mais aussi une transformation profonde des mentalités, des méthodes de gestion et de la discipline budgétaire de l’État.
Le ministre reconnaît lui-même que “le pays n’a pas suffisamment investi depuis quinze ans”. Cette lucidité est salutaire. Mais elle doit s’accompagner d’un réalisme politique et technique. Injecter plus de 300 milliards de FCFA en une seule année ne suffira pas si la gouvernance, la planification et le suivi des projets ne sont pas rigoureusement encadrés.
Les précédentes expériences gabonaises en matière d’infrastructures montrent que l’argent seul ne résout pas les problèmes structurels : absence de contrôle, projets inachevés, études bâclées et parfois détournements de fonds. Une réforme budgétaire sans réforme institutionnelle risquerait d’aboutir à une nouvelle série d’échecs coûteux.
Il est donc nécessaire que le gouvernement, au-delà de l’effet d’annonce, s’entoure d’experts, de techniciens et de partenaires compétents pour traduire la vision politique en réalisations tangibles.
La Ve République s’ouvre avec une volonté affichée de refonder la gestion publique. Mais cette refondation ne saurait se limiter à un discours. Elle doit s’ancrer dans le concret, dans le suivi et dans la transparence.
Les citoyens, épuisés par des décennies de promesses inachevées, attendent moins des slogans que des résultats mesurables : des robinets qui coulent, des lampadaires qui s’allument, des villages enfin connectés au réseau.
En définitive, la stratégie budgétaire du ministre Tonangoye ne doit pas être un exercice d’optimisme politique, mais un engagement pragmatique envers la population.
Le réalisme n’est pas l’ennemi du progrès : il en est la condition.
Comme on a pour coutume de le dire à lambaréné: « Gouverner, ce n’est pas promettre la lune, c’est éclairer le chemin. »
Par Darlyck Ornel Angwe


























