L’affaire fait grand bruit dans les couloirs du pouvoir et dans l’opinion publique : trois magistrats gabonais, Aude Bauguidzogo, Elie Nazaire Bekalé et Navares Mondjo, ont été suspendus de leurs fonctions de présidents de commissions électorales locales, à la suite de soupçons de fraudes électorales lors des scrutins législatifs et locaux du 27 septembre dernier.
Selon l’arrêté n°043/MISD du ministère de l’Intérieur, ces suspensions font suite à des irrégularités graves constatées dans plusieurs circonscriptions, notamment dans la province de l’Estuaire. Des bulletins de vote manquants, des procès-verbaux falsifiés, et des disparitions inexpliquées de responsables électoraux ont été signalés. Le cas d’Elie Nazaire Bekalé, président de la commission du 5ᵉ arrondissement de Libreville, est particulièrement troublant : porté disparu après le scrutin, son absence a alimenté les soupçons de fraudes électorales et aurait organisé une fuite.
Mais si la suspension de ces magistrats est une première réponse, elle ne saurait suffire. Car derrière ces dysfonctionnements se dessine une chaîne de responsabilités plus vaste, où certains hauts responsables administratifs et politiques semblent avoir joué un rôle actif ou à tout le moins complice dans l’orchestration de ces fraudes. Le silence des autorités sur ces éventuels commanditaires de fraudes électorales interroge : pourquoi seuls les exécutants sont-ils sanctionnés, tandis que les instigateurs restent dans l’ombre ?
De nombreuses voix se sont levées pour dénoncer une mascarade électorale et exigent que la lumière soit faite sur l’ensemble du système ayant permis ces manipulations. La reprise partielle des opérations de vote dans les zones concernées est un pas vers la transparence, mais elle ne saurait être une fin en soi car plusieurs points d’ombre restent en suspens.
Dans un État de droit, la justice ne doit pas s’arrêter aux maillons faibles. Elle doit remonter la chaîne, identifier les cerveaux de ces fraudes électorales, et les traduire en justice. Car à défaut, c’est la confiance dans les institutions qui vacille, et avec elle, l’espoir d’une démocratie véritable.


























