Steeve Yondzi, Président du Cercle de Réflexion Afrique Dignité, dénonce l’attitude de l’élite de la Comilog, accusée de servir les intérêts d’Eramet au détriment du Gabon. Il questionne sa véritable allégeance, se demandant si elle est patriote dévouée à sa nation ou endocolon perpétuant la néocolonisation.
De l’esclavage à la colonisation on peut, sans le moindre doute, reconnaitre qu’il a existé deux catégories de personnes ayant participé à côté de l’homme blanc à l’abjection, et à la chosification de l’homme noir. La première appartient à la classe des rois ou grand chefs coutumiers. La deuxième, quant à elle, est constituée de des nègres de maison.
Loin d’avoir été des patriotes, c’est-à-dire des personnes qui aiment leurs patries ou territoires et les servent avec dévouement, elles ont servi l’homme blanc comme supplétif dans cette hideuse aventure de déshumanisation et de « batardisation » culturelle du noir. Le Professeur Tidiane Diakité et le romancier et diplomate Ferdinand Oyono démontrent avec éloquence comment l’homme noir a commis l’horrible forfaiture envers son frère et son territoire.
Dans son ouvrage, la traite des noirs et ses acteurs africains au XVe siècle paru aux éditions Berg international en 2008, le Professeur montre que pendant la traite négrière, les rois tels que Makoko du kongo et Tegbessou du Dahomey étaient des artificiers des razzias afin de livrer leurs frères aux négriers. Le dernier roi cité livra 9000 esclaves par an. Sa fortune, tirée de cette funeste entreprise fut estimé en 1750 à 250 000 £.
Si Tidiane Diakité parle de l’Afrique au temps de la traite négrière, l’œuvre de Ferdinand Oyono, une vie de boy, à travers le personnage de Toundi Ondoua, décrit la traitrise de l’homme noir envers son peuple pendant la colonisation. En effet, ayant été récupéré par le commandant de cercle après la mort du père Vander Mayer, Toundi Ondoua eu ces mots : « le chien du roi est le roi des chiens ». Il assumait par là son parfait rôle de nègre de maison, servile et corvéable à souhait. Il notait par là qu’il était devenu supérieur à ses frères nègres. Habiter la principale résidence de la ville dans le quartier blanc lui conférait un statut supérieur à celui de cette plèbe nègre. C’est l’archétype du nègre de maison qui va évoluer sous le néocolonialisme.
Avec les indépendances, les peuples africains croyaient avoir liquidé ce comportement « titiste » mais hélas, ils ont été amenés aujourd’hui, au regard de ce qui se passe, à déchanter ! Les indépendances n’ont pas eu les effets escomptés. Les raisons de ce désenchantement sont à rechercher dans la doctrine qui a été convenu d’appeler l’endocolonat. Celle-ci se nourrit du néocolonialisme. Elle consiste, pour l’homme blanc, l’occidental, à coopter des nombreux diplômés africains, pourtant considérés comme des élites ou des colonnes, pour emprunter le langage biblique paulien, à agir pour son compte et ses intérêts. C’est ce que Edmond Kuate, économiste camerounais, a qualifié de colonisation par procuration, au cours d’une émission ayant pour thème : endocolonat, de là dérive le mot endocolon. Cette sous-traitance de la colonisation dont certaines élites africaines sont adjudicataires sou tend avec entrain l’œuvre du martiniquais Frantz Fanon, « Peau noir masque Blanc » car au lieu de veiller aux intérêts de leurs pays, ces élites veillent plutôt à ceux du colon moyennant enrichissement personnel à coup de corruption et de concussion ; la logique Tegbessou roi du Dahomey se trouve ainsi « valorisée ».
La situation sus évoquée conduit à s’interroger sur les élites gabonaises au moment où le CTRI, en tête desquels son président, prône le patriotisme, c’est-à-dire l’attachement sentimental à sa patrie se manifestant par la volonté de la défendre, de la promouvoir. Sont-elles patriotes ou endocolons ?
Il est difficile de ne pas tomber dans la tentation de penser que l’élite gabonaise soit endocolon. Si cela n’était pas le cas, les militaires, à la tête de la transition, ne parleraient pas «d’honneur et fidélité à la Patrie» à chacune des conclusions de leurs adresses. Cela souligne bien que la population et les élites ont maille à partir avec le patriotisme, qu’il soit économique ou culturel. Cependant, si on peut comprendre que la population en soit là parce que non éclairée, on ne saurait l’admettre de la part de l’élite, phare guidant la navigation du pays.
A ce sujet, chacun peut bien se rendre compte du rôle serviable joué par une très grande frange de l’élite gabonaise au détriment de leur pays. La Comilog et sa crise sociale actuelle permettent d’observer avec grande attention la manifestation de cette doctrine d’endocolonat.
Alors que les salariés, au regard de la croissance financière, entrent en grève pour que leurs revendications soient prises en compte, le Directeur Général de cette entreprise sort une note soulignant, sans équivoque, la logique de production malgré que les syndicats ont observé les dispositions légales en matière de grève. En cela, il suit, au doigt et à l’œil, les instructions de Cristel Bories dont la lettre du 4 septembre 2024 n’avait pour substrat que la logique supra. Quelle honte, quel haut degré de forfaiture à l’égard de ses compatriotes et du pays !
Tout le monde sait que cette logique effrénée de la production défendue énergiquement par le compatriote responsable de cette grande mine qu’est Comilog ne sert pas les intérêts du Gabon.
Sur le plan économique, la production de 10 Mt de manganèse et bientôt 11 Mt enrichie la France via Eramet et non le Gabon, tout en détruisant le chemin de fer, bien national construit par le Gabon au prix d’énormes sacrifices financiers de son peuple mais qu’Eramet se permet de détruire, sans vergogne, pour ses intérêts.

Sur le plan social, Comilog n’assure aucun développement de la ville de Moanda. Il ne peut y avoir de comparaison entre la ville de Belfort en France où est installé Alstom spécialisé dans la construction ferroviaire et Moanda. Le niveau de développement et de vie des populations de Belfort, particulièrement des travailleurs d’Alstom, cadres comme ouvriers, est à des années-lumière de celui des habitants et travailleurs la cité minière gabonaise.
Mais face à ce tableau, il se trouve des gens dont le métier consiste à défendre les intérêts d’Eramet au détriment de ceux du Gabon. Sont-ils de l’élite patriote ou endocolon?
Le modèle économique sur la base duquel Eramet, via Comilog exploite le manganèse gabonais est suranné. Il ne peut apporter ni prospérité, ni développement. Ce modèle colonial mué en néocolonial continue de garder le Gabon comme une colonie d’exploitation. En effet, Eramet agit au Gabon suivant les critères reconnus à une colonie d’exploitation. Ces critères font de la colonie : une réserve de matière première pour la métropole, un lieu dans lequel est exploité et organisé le pillage des matières premières et dont la production est accaparée par l’exploiteur. C’est aussi le lieu d’exploitation des travailleurs auxquels on donne des salaires insuffisants pour satisfaire leurs besoins.
Ne pas admettre que c’est ce que fait Eramet dans notre pays c’est, croire comme le philosophe Alain au mythe de l’inconscient : «l’inconscient est un mythe dangereux». L’inconscient n’étant pas un mythe, le Gabon comme colonie d’exploitation aujourd’hui ne l’est pas non plus. Pour preuve, la ville de Mounana a été considérablement exploité par COGEMAT devenu AREVA. Laissée exsangue, elle paie aujourd’hui le lourd tribut de cette politique de colonisation d’exploitation.
Fort de cette réalité que le Niger et les autres pays tels que le Mali et le Burkina ont opté pour dire Haro sur cette exploitation. Aussi, à l’heure de la Transition, il convient d’interpeller les autorités et responsables de cette Transition à mettre fin à cette survivance coloniale. Le CTRI l’a déjà très bien perçu en décidant de préempter les actifs d’ASSALA. La question d’Eramet qui détient Comilog et Setrag devient suffocante. Il n’est certes pas question d’envisager son règlement comme en Afrique de l’ouest mais plutôt de revoir les paramètres qui nous ont conduits le pays à ce niveau. L’essor du développement de notre pays tient aussi à cela.
Steeve Yondzi
Président du Cercle de Réflexion Afrique Dignité


























