Libreville, 23 août 2025 – Comme un coup de tonnerre dans un ciel que l’on croyait serein, la voix du président Brice Clotaire Oligui Nguema s’est élevée avec gravité pour dénoncer les ombres qui planent sur les élections législatives et locales. Sur ses réseaux officiels, le chef de l’État a rappelé avec force que seule « la transparence, la rigueur et le respect des règles républicaines » peuvent garantir « l’intégrité, la transparence et la paix » du scrutin à venir.
Le constat est sans appel. « Depuis quelques heures, des informations troublantes me parviennent concernant des irrégularités dans la composition des listes de candidatures », a déclaré le président, comme pour sonner l’alarme. Sa mise en garde, semblable à une gifle adressée aux fauteurs de troubles, ne laisse place à aucune ambiguïté : « Je le dis avec fermeté : ces incongruités, si tant est qu’elles sont avérées, sont inacceptables. Elles portent atteinte à l’équité du processus électoral et sapent les fondements mêmes de notre démocratie. »
Face à ces dérives, Oligui Nguema a annoncé des mesures symboliques mais fortes : le dépouillement se fera « bureau par bureau en présence des médias » et une « nuit électorale » sera organisée pour prévenir toute manipulation. L’image est claire : les urnes seront scrutées comme sous un projecteur, afin que nulle fraude ne puisse se dissimuler dans l’ombre.
Cette sortie présidentielle intervient après une charge sévère du mouvement Ensemble Pour le Gabon (EPG), conduit par Alain Claude Bilie By Nze. L’ancien Premier ministre, arrivé deuxième à la présidentielle, accuse le Ministère de l’Intérieur de manœuvres dilatoires. Selon EPG, sur 24 dossiers déposés, seules 10 candidatures ont été validées, une autre bizarrement requalifiée en indépendante, et toutes les autres écartées comme balayées par une main invisible. Le parti dénonce un calendrier vicieux, ayant publié la liste officielle à la dernière minute, privant ainsi nombre de candidats de la possibilité de recours. Pour Bilie By Nze, ces pratiques relèvent d’« une tentative d’exclusion » pure et simple.
Le feu de la contestation a ensuite été attisé par Jean Rémy Yama, président du Parti national pour le travail et le progrès (PNTP). Dans une conférence de presse, il a jugé que le spectacle offert par le Ministère de l’Intérieur n’était pas seulement une maladresse, mais une ignominie. « Le ministre de l’Intérieur doit démissionner », a-t-il martelé, dénonçant une gestion « rocambolesque » qui a, entre autres, conduit au rejet sans explication des candidatures de son parti dans l’Ogooué-Lolo.
Comme pour parachever ce tableau d’irrégularités, l’affaire Haresse Kengue a enflammé les réseaux sociaux. Candidate déterminée au 6e arrondissement de Libreville, elle a vu disparaître mystérieusement des dossiers entiers de colistiers. Sa ténacité a choqué et fasciné l’opinion : prête à passer la nuit au ministère de l’Intérieur pour faire valoir ses droits, elle a fini par voir réapparaître sa liste dans la publication officielle, comme un fantôme que l’on avait tenté de reléguer dans l’oubli.
Ainsi, à l’approche du double scrutin du 27 septembre, la République semble vaciller entre volonté de transparence et pratiques obscures. En rappelant que son propre pouvoir est né de la dénonciation d’« irrégularités graves », Oligui Nguema se pose en gardien vigilant d’une démocratie encore fragile, mais dont l’avenir dépend désormais de la loyauté de ses serviteurs.


























