Le One Forest Summit qui s’est déroulé à Libreville pendant 48 heures, du 1 er au 2 mars 2022, révèle qu’il y a eu des discussions dans les coulisses entre Christophe Bigot, directeur de l’Afrique et de l’Océan Indien au Quai d’Orsay et Nadège Tchouat, adjointe de Franck Paris, Conseiller Afrique de l’Élysée avec la société civile gabonaise représentée par Judith Justine Lekogo, le Pasteur Georges Bruno Ngoussi, Marc Ona Essangui et Paul Aimé Bagafou. Que se sont-ils dit? Enquête.
Les membres de la société civile gabonaise se sont retrouvés à l’Institut français le jeudi 2 mars 2023 avec les conseillers d’Emmanuel Macron, à la demande de l’Elysée. Cette délégation de la société civile gabonaise était constituée du Pasteur Georges Bruno Ngoussi, représentant de la communauté chrétienne, Marc Ona Essangui était présent au compte de Brainforest, Judith Justine Lekogo et Paul Aimé Bagafou quant à eux venaient pour le Copil Citoyen à cette rencontre avec Christophe Bigot et Nadège Tchouat.
Plusieurs sujets étaient au menu de ces échanges francs et houleux : les droits de l’homme avec les prisonniers politiques; le timing et l’inopportunité de ce voyage de l’exécutif français au Gabon, à 5 mois de l’élection présidentielle. Ce dernier point a planté le One Forest Summit du fait d’une certaine récupération au plan politique avec la communication faite autour.
Les droits de l’homme mis en mal au Gabon
Au niveau des droits de l’homme, le point sur l’arrestation arbitraire de Jean Rémy Yama a été évoqué. La société civile gabonaise a indiqué aux conseillers d’Emmanuel Macron que Jean Rémy Yama est à chaque fois mis en prison à la veille de l’élection présidentielle pour être libéré après sans motif valable. C’est le règne de l’arbitraire qui remet en cause les droits de l’homme.
Brice Laccruche Alihanga, l’ancien directeur de cabinet du président de la République, a perdu environ 40 kg du fait d’un cancer. Son emprisonnement ne repose sur aucune preuve et l’ONU a demandé sa libération à la partie gabonaise à cause de son état de santé, elle demeure toujours silencieuse sur cette question. Selon Christophe Bigot, la question de Brice Laccruche Alihanga est sur la table des négociations avec le Gabon car Brice est très malade.
Une responsabilité partagée du chaos gabonais
Les conseillers d’Emmanuel Macron estiment que les opposants gabonais partagent aussi la responsabilité de l’état chaotique du pays puisque les choix qu’ils opèrent portent souvent préjudice au Gabon. Comment peut-on aller à une concertation politique basée sur la transparence électorale et s’arrêter seulement sur le retour de la durée du mandat, de la caution de la candidature sans toucher réellement le Code électoral qui empêche une vraie transparence? Les opposants ne parlent pas d’une vraie indépendance du Centre gabonais des élections (CGE) vis-à-vis du ministère de l’Intérieur avec un budget qui assure ladite indépendance. A quel niveau de responsabilités la France serait-elle accusée dans ces agissements des opposants gabonais?
Une arrivée inopportune de l’exécutif français au Gabon
Il est vrai que les relations de la France avec ses anciennes colonies ne sont plus au beau fixe car certaines en Afrique de l’Ouest, le Burkina Faso, le Mali et la Guinée ont décidé de se libérer d’elle. Face à ces réalités, la France d’Emmanuel Macron se lance dans un voyage inopportun au Gabon, à la veille de l’élection présidentielle. Certains responsables politiques, de la société civile, même ceux du parti au pouvoir considèrent cette arrivée comme un adoubement du pouvoir politique français.
Les acteurs de la société civile, qui ont été appelés individuellement, n’ont pas caché leur mécontentement face à cette arrivée. Christophe Bigot et Nadège Tchouat estiment que la communication autour du One Forest Summit a été faite par la partie gabonaise pour faire passer l’image d’un soutien français.
Destruction des écosystèmes forestiers et marins au Gabon, la part de la France
L’autre dernier aspect traité lors de cette rencontre a été celui de la pollution de l’écosystème forestier et marin, à Moanda et dans l’Ogooué Maritime par la Comilog et Perenco, deux entreprises françaises. La conservation et la protection des écosystèmes forestiers et marins passent par la responsabilité de ces entreprises.
Pour la société civile gabonaise, le Gabon est en crise politique ce qui a pour conséquence immédiate la crise des écosystèmes forestiers et marins puisque les mauvaises lois permettent de distribuer à foison les permis forestiers. Ces forestiers qui détruisent la forêt rendent insécures les éléphants et d’autres espèces qui n’ont plus d’autres choix que de se retrouver au milieu des hommes avec tous les dégâts qui y résultent. C’est la véritable origine du conflit homme-faune.
Ces mêmes membres de la société civile gabonaise ont aussi été reçus par les députés français le même jour après la rencontre avec les conseillers d’Emmanuel Macron. Pour eux, Emmanuel Macron n’est pas venu parler de climat mais de l’après présidence. Ils estiment que le président français a un agenda caché et le One Forest Summit n’a été qu’un habillage. Il lui faut des moyens pour ses entreprises, une fois parti de l’Elysée. C’est le langage, le moins diplomatique, que la société civile gabonaise a fait passer aux députés français, représentants du peuple français, au nom du peuple gabonais d’après notre source.


























