Invité ce lundi 26 janvier 2026 sur les ondes d’Urban FM, l’ancien Premier ministre Alain Claude Bilie-By-Nze, président du parti Ensemble pour le Gabon et ancien porte-parole du président de la République comme du gouvernement, a braqué les projecteurs sur une faille révélatrice au cœur de l’Exécutif gabonais : l’organisation actuelle de la communication gouvernementale et, plus largement, de la parole publique au sommet de l’État.
Depuis l’avènement de la transition institutionnelle, le président de la République concentre entre ses mains les fonctions de chef de l’État et de chef du gouvernement. Une centralisation assumée, présentée comme une nécessité dictée par un contexte politique exceptionnel. Pourtant, cette unité de commandement ressemble à un corps dont la tête serait unique, mais la voix divisée. Car dans les faits, la communication officielle demeure scindée entre une communication dite « présidentielle » et une communication dite « gouvernementale ».
C’est précisément ce dédoublement qu’Alain Claude Bilie-By-Nze fustige, y voyant moins une subtilité administrative qu’un aveu d’amateurisme politique. À ses yeux, cette coexistence de deux pôles relève d’une incohérence flagrante, presque d’un anachronisme institutionnel.
Sous l’ancien régime constitutionnel, la mécanique était limpide. Le président, chef de l’État, disposait de sa communication institutionnelle. Le gouvernement, dirigé par un Premier ministre, avait la sienne. Deux têtes, deux chaînes de responsabilité, deux paroles publiques distinctes mais coordonnées, à l’image d’un orchestre où chaque instrument joue sa partition.
Aujourd’hui, cette partition a changé, mais les musiciens continuent de jouer comme avant. Le président concentre l’autorité politique suprême et l’action gouvernementale. Maintenir deux voix officielles revient donc à faire dialoguer des miroirs, à entretenir artificiellement une architecture qui ne correspond plus à la réalité du pouvoir.
La question devient alors implacable : comment justifier deux communications officielles lorsque l’autorité politique est une et indivisible ?
Dans tout État moderne, la communication gouvernementale n’est pas un simple exercice de relations publiques ou un décor de façade. Elle est un instrument stratégique de pilotage politique. Elle fixe le cap, rassure les citoyens, explique les choix, anticipe les crises et tranche les débats. Elle est la boussole qui empêche l’action publique de naviguer à vue.
En multipliant les canaux sans hiérarchie claire, l’Exécutif s’expose à des dérives prévisibles : messages contradictoires ou redondants, annonces concurrentes, cacophonie institutionnelle et, à terme, dilution de l’autorité présidentielle. Quand la parole n’est pas centralisée, elle cesse d’être une force pour devenir un bruit.
La critique de Bilie-By-Nze ouvre alors une interrogation plus large, presque dérangeante : qui conseille réellement le Chef de l’État sur les questions de gouvernance et de cohérence institutionnelle ? Car ce type de désordre ne relève pas d’un détail technique. Il trahit soit une absence de vision stratégique, soit une mauvaise compréhension des implications du cumul des fonctions, soit une incapacité à trancher dans l’organisation du pouvoir.
Comment expliquer que l’on réforme les institutions sans adapter les outils de communication ? Pourquoi maintenir des postes et des structures devenus juridiquement et politiquement obsolètes ? À qui profite réellement cette confusion organisationnelle ? Peut-on gouverner efficacement quand la parole publique n’est ni unifiée ni clairement hiérarchisée ? Le Chef de l’État est-il entouré de conseillers capables de lui dire non, ou seulement de lui dire oui ?
Dans tous les systèmes où le président est à la fois chef de l’État et chef du gouvernement, la règle est pourtant simple : une communication unique, centralisée et disciplinée. Elle peut se décliner selon les publics, mais jamais selon des logiques concurrentes.
Ce que dénonce Alain Claude Bilie-By-Nze, au fond, ce n’est pas un simple doublon administratif. C’est l’incapacité à aligner la forme sur le fond, l’organisation sur la réalité du pouvoir. Dans un contexte de transition, où chaque mot pèse et où la confiance se construit par les actes et la clarté du discours, cette confusion n’est pas anodine. Elle est le signal faible d’un désordre plus profond, que seule une réforme courageuse de l’appareil décisionnel pourra corriger.
Car gouverner, ce n’est pas seulement décider. C’est savoir parler, surtout parler d’une voix


























