Lors de son intervention sur les ondes d’Urban FM, ce lundi 26 janvier 2026, l’ancien premier ministre Alain Claude Bilie-By-Nze ne s’est pas limité à critiquer l’organisation de la communication au sommet de l’Exécutif. Il a également abordé un autre sujet tout aussi sensible et structurant pour les finances publiques : la question des baux locatifs de l’État et la construction de nouveaux édifices administratifs.
Un sujet en apparence technique, mais qui, à l’analyse, révèle des interrogations profondes sur la transparence budgétaire, la propriété réelle des infrastructures publiques et la cohérence de la politique immobilière de l’État.
Bilie-By-Nze part d’un fait difficilement contestable : depuis des années, l’État gabonais consacre des sommes considérables à la location de bâtiments pour abriter ses administrations. Ministères, directions générales, agences publiques… une grande partie de l’appareil administratif fonctionne dans des immeubles loués, souvent à des coûts élevés et sur de longues durées.
Cette situation a longtemps été dénoncée comme une aberration économique, dans un pays où l’État, paradoxalement, demeure l’un des plus gros locataires alors même qu’il est censé être le premier investisseur public.
L’idée de construire de nouveaux édifices administratifs afin de regrouper ou reloger les administrations apparaît donc, sur le principe, comme une démarche rationnelle et salutaire.
Mais, selon Bilie-By-Nze, c’est précisément dans la mise en œuvre que le bât blesse.
La question centrale posée par l’ancien premier ministre est simple, mais redoutable :
ces nouveaux bâtiments que l’on présente comme devant appartenir à l’État sont-ils réellement sa propriété ?
Autrement dit, s’agit-il de véritables investissements publics ou de montages financiers plus complexes, où l’État ne serait, in fine, qu’un futur locataire de bâtiments présentés comme « publics » ?
Cette interrogation prend tout son sens lorsqu’on observe que le financement de ces infrastructures ne figure pas clairement dans la loi de finances 2025 ou encore 2026.
Dans un État de droit budgétaire, toute dépense d’investissement public significative doit être inscrite, autorisée et tracée dans la loi de finances. C’est un principe fondamental de transparence et de contrôle parlementaire.
Or, comme le souligne Bilie-By-Nze, si ces édifices sont véritablement construits pour le compte de l’État, pourquoi leur financement n’apparaît-il pas explicitement dans le budget national ?
Cette absence soulève deux hypothèses, toutes deux problématiques.
Si l’État finance ces constructions sans les inscrire clairement dans la loi de finances, cela pose un grave problème de sincérité budgétaire. Cela reviendrait à contourner les règles de gouvernance financière, en masquant une partie de la dépense publique.
Une telle pratique fragiliserait la crédibilité des comptes de l’État et alimenterait la défiance à l’égard de la gestion des deniers publics.
La seconde hypothèse, plus inquiétante encore, est celle d’un financement privé. Dans ce cas, une question s’impose :
à qui profite réellement cette opération des futurs baux locatifs de l’État ?
Si des investisseurs privés financent des bâtiments administratifs destinés à être occupés par l’État, il est légitime de se demander si l’on n’est pas en train de recréer, sous une autre forme, le même système de dépendance locative que l’on prétend combattre.
Autrement dit, l’État ne ferait que quitter un bailleur pour un autre, sans jamais devenir pleinement propriétaire de ses outils de travail.
C’est là que prend tout son sens l’expression implicitement utilisée par Bilie-By-Nze : n’a-t-on pas simplement déshabillé Pierre pour habiller Jacques ?
En voulant mettre fin à des baux locatifs de l’État jugés excessifs, l’État risque de s’engager dans des montages financiers qui, à long terme, pourraient s’avérer tout aussi coûteux, voire plus, tout en transférant la rente d’un cercle à un autre.
La rationalisation affichée pourrait alors n’être qu’un changement de façade, sans véritable gain structurel pour les finances publiques.
À travers cette prise de parole, Alain Claude Bilie-By-Nze ne s’oppose pas à la construction de nouveaux bâtiments administratifs. Il en interroge la méthode, la transparence et la finalité réelle.
Dans un contexte de rigueur budgétaire affichée, de discours sur la bonne gouvernance et la rupture avec les pratiques du passé, ces zones d’ombre deviennent difficilement justifiables.
Car gérer l’État, ce n’est pas seulement construire.
C’est savoir à qui appartiennent les murs, qui finance, qui gagne, et surtout, qui paiera demain.
Sans réponses claires à ces questions, la politique immobilière de l’État risque de rester ce qu’elle a trop souvent été : un gouffre financier masqué par des discours de réforme.


























