Procès de la « Young Team » : la Cour criminelle spécialisée rend son verdict avec fracas après huit jours d’audiences tendues, où se mêlaient enjeux judiciaires, pressions médiatiques et révélations sur les dérives financières d’un système longtemps demeuré opaque. Prévu pour s’achever le 14 novembre, le procès s’est finalement prolongé jusqu’au 18 novembre 2025, signe de la complexité croissante du dossier et de la gravité des faits reprochés aux prévenus, tous accusés d’avoir participé à un vaste réseau de détournements alimenté par les caisses publiques.
Au cœur de l’affaire, la « Young Team » s’est retrouvée exposée dans toute son ampleur, révélant un mécanisme sophistiqué de captation illicite de ressources, orchestré depuis les sphères les plus élevées du pouvoir. Douze prévenus figuraient à la barre, parmi lesquels des anciens collaborateurs de la présidence, des responsables financiers et des intermédiaires influents. Toutefois, les figures centrales, Sylvia Bongo Ondimba et son fils Noureddin Bongo Valentin, étaient absentes. Déjà condamnés par contumace dès le premier jour du procès, le 10 novembre, ils ont écopé de vingt ans de réclusion criminelle et de lourdes amendes, renforçant le caractère symbolique d’un dossier qui dépasse largement les seules actions de leurs coaccusés.
Le verdict, prononcé dans une salle d’audience pleine à craquer, a mêlé acquittements, peines de prison et sanctions financières. Jessye Ella Ekogha a été condamné à dix ans de réclusion criminelle, dont sept assortis de sursis, ainsi qu’à vingt-cinq millions de francs CFA d’amende. Jordan Camuset, pour sa part, a écopé de trois ans de prison avec sursis et d’une amende de cinq millions de francs CFA. Oceni Ossa Mohamed, Ali Abdul Saliou et Ian Ngoulou ont chacun été condamnés à quinze ans d’emprisonnement, dont cinq avec sursis, en plus de dix millions de francs CFA d’amende. Kim Oun, autre visage marquant du dossier, s’est vu infliger cinq ans de prison, dont deux avec sursis, et cinquante millions de francs CFA d’amende. Yolande Gisèle Mombo et Cyriaque Mvourandjami ont hérité de vingt-six mois de réclusion et de vingt-cinq millions de francs CFA d’amende, tandis qu’Otha Ndoumba Gabin devra purger trois ans, dont un avec sursis, et s’acquitter de cinq millions. Seul Steeve Ndegho Dieko a été relaxé, la Cour ordonnant la levée de sa résidence surveillée et le dégel de ses comptes.
La dimension civile du procès s’est révélée tout aussi sévère. La Cour a estimé que l’État gabonais avait subi un préjudice moral de plusieurs milliards, imputable aux détournements opérés. Ainsi, Oceni Ossa Mohamed devra verser 6,4 milliards de francs CFA, tandis qu’Ali Abdul Saliou s’acquittera de 6 milliards. Ian Ngoulou est condamné à rembourser 1 milliard, Jessye Ella Ekogha 295 millions, Kim Oun 50 millions, Cyriaque Mvourandjami 25 millions, et Jordan Camuset 10 millions. En outre, les juges ont ordonné la confiscation de biens appartenant aux frères Oceni, à Jessye Ella Ekogha et à Ian Ngoulou, dans un souci de réparation envers la collectivité.
Ce verdict, salué par certains comme un tournant judiciaire, est toutefois perçu par d’autres comme une étape insuffisante tant que les principaux instigateurs demeurent hors d’atteinte. Le procès de la « Young Team » marque néanmoins un jalon inédit dans la lutte contre la corruption au Gabon, signifiant que l’ère de l’impunité systémique pourrait, enfin, toucher à son terme. Reste désormais à savoir si cette jurisprudence inspirera une refondation durable de la gouvernance au Gabon.











































