Le 15 avril 2026 à 18 heures, Alain-Claude Bilie-By-Nze, ancien Premier ministre et principal opposant au régime du général Brice Clotaire Oligui Nguema, a été interpellé près de son domicile à Libreville par des agents de la Direction générale des recherches (DGR). Placé en garde à vue, il a été transféré dès le lendemain soir à la prison centrale de Libreville sous mandat de dépôt. Le motif : des faits présumés d’escroquerie et d’abus de confiance remontant à… 2008. Une temporalité qui, à elle seule, a suffi à embraser le débat politique gabonais.
17 avril 2026 | Lecture : 4 min
Une affaire vieille de dix-huit ans
Les accusations visent l’organisation de la 9e édition de la Fête des cultures à Libreville, dont Bilie-By-Nze assurait la responsabilité opérationnelle en tant que ministre délégué aux Transports sous Omar Bongo Ondimba. Plusieurs prestataires auraient déclaré n’avoir jamais été réglés à l’issue de l’événement. Une ancienne militante du Rassemblement national des bûcherons (RNB), Baba Ramatou, a finalement déposé plainte pour réclamer une partie d’une somme évaluée à 5 millions de francs CFA — environ 7 600 euros.
Le procureur de la République Dick Fabrice Boungou Mikolo a pris la parole le 16 avril pour tenter de désamorcer la polémique. Il a confirmé l’existence d’une enquête préliminaire, insistant sur la présomption d’innocence et affirmant que la justice agissait sans tenir compte du statut politique de la personne visée. La qualification définitive des faits, a-t-il précisé, dépendra des conclusions de l’instruction en cours.
Des irrégularités procédurales soulevées de toutes parts
Malgré cette mise au point officielle, les critiques convergent — y compris depuis des cercles proches du pouvoir. L’acteur civique Geoffroy Foumboula Libeka Makosso, pourtant favorable au régime, juge qu’une personnalité politique de premier plan aurait dû recevoir une convocation plutôt que subir une arrestation. Selon lui, une procédure plus discrète aurait évité toute lecture politique de l’affaire.
La critique la plus rigoureuse vient du juriste Ali Akbar Onanga Y’Obegue, secrétaire général de l’aile loyaliste du PDG, qui identifie trois irrégularités majeures : l’absence apparente de mandat judiciaire lors de l’interpellation ; l’impossibilité d’imputer personnellement à Bilie-By-Nze une dette née d’une mission de service public relevant de la responsabilité de l’État ; et enfin la prescription probable des faits, les délais applicables en 2008 étant de trois à dix ans selon la qualification retenue. Ce juriste n’hésite pas à qualifier l’affaire de possible « lawfare » , instrumentalisation du droit à des fins politiques.
L’influenceur Guy Minko, qui dit n’avoir jamais soutenu l’opposant sur le plan électoral, va plus loin dans le registre politique : cette arrestation envoie selon lui un signal d’intimidation à toute l’opposition, démontrant qu’il devient risqué de critiquer ouvertement le pouvoir en place.
Un opposant affaibli, une Cinquième République sous surveillance
Candidat à la présidentielle d’avril 2025, Bilie-By-Nze avait terminé deuxième avec environ 3 % des suffrages, loin derrière Oligui Nguema. Modeste score, mais position symbolique : à la tête d’Ensemble pour le Gabon (EPG), il incarnait la résistance institutionnelle au nouveau régime militaire, dénonçant régulièrement sa gestion économique et ses dérives autoritaires.
Son arrestation survient dans un Gabon encore en transition. Depuis le coup d’État du 30 août 2023, Oligui Nguema a adopté une nouvelle Constitution, organisé une élection et annoncé des projets de relance économique. Mais les attentes restent fortes sur l’emploi, l’accès à l’eau, à l’électricité et au pouvoir d’achat. Et le climat politique demeure tendu : arrestations d’opposants, de journalistes et de syndicalistes alimentent régulièrement les critiques de la société civile.
Un test pour la crédibilité de la justice gabonaise
L’affaire Bilie-By-Nze concentre une contradiction fondamentale : peut-on lutter contre l’impunité avec des procédures elles-mêmes contestables ? La réactivation d’un dossier prescrit, l’absence de mandat, l’arrestation sans convocation préalable, chacun de ces éléments fragilise la thèse d’une justice pleinement indépendante. L’issue de l’instruction judiciaire, qui pourrait durer plusieurs semaines, déterminera non seulement le sort de l’opposant, mais aussi la crédibilité des institutions gabonaises aux yeux de sa population et de la communauté internationale.


























