Le producteur d’électricité turc Karpowership réclame le paiement de factures de fioul impayées pour la période de février à septembre 2025. Face au refus catégorique de la compagnie pétrolière nationale, le litige expose les fragilités structurelles du secteur énergétique gabonais.
Créance réclamée
10,8 Mds FCFA (~19,3 M$)
Avances GOC déjà versées 19,9 M$ de fioul + gaz; Dette totale SEEG 150 Mds FCFA (~267 M$)
Une mise en demeure rejetée sans détour par la GOC
Le bras de fer opposant Karpowership (KPS) à la Gabon Oil Company (GOC) s’est durci début mars 2026. Le producteur d’électricité turc, dont les centrales flottantes opèrent au large de Libreville, a adressé une mise en demeure à la compagnie pétrolière nationale le 26 février, exigeant le règlement de factures de fioul couvrant la période de février à septembre 2025.
La réponse, signée le 2 mars par le directeur général de la GOC Marcellin Simba Ngabi, est sans appel. La compagnie nationale nie toute obligation légale ou contractuelle à l’égard de Karpowership et refuse d’honorer la créance de 10,8 milliards de francs CFA — soit environ 19,3 millions de dollars — mise à sa charge.
La GOC se présente comme simple intermédiaire de trésorerie
Pour justifier son refus, la GOC s’appuie sur la nature des paiements qu’elle a déjà effectués dans ce dossier. Elle indique avoir déboursé 16,8 millions de dollars pour l’achat de fioul destiné aux centrales de Karpowership, ainsi que 3,1 millions de dollars pour le raccordement au réseau gazier. Ces règlements, précise-t-elle, constituaient de simples avances de trésorerie réalisées à la demande des autorités publiques gabonaises, dans l’intérêt de la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG).
Fort de cet argumentaire, la GOC invite Karpowership à se retourner directement contre la SEEG pour obtenir le remboursement des sommes dues. Une position qui transfère l’entière responsabilité financière à un opérateur déjà étranglé par ses dettes.
La SEEG, maillon faible d’un secteur sous tension
Ce conflit illustre l’ampleur de la crise financière qui frappe la SEEG, dont l’endettement global avoisinerait 150 milliards de francs CFA (267 millions de dollars) selon le ministre de l’Énergie Philippe Tonangoye. Pour maintenir la production électrique nationale, l’État gabonais a multiplié les arrangements financiers impliquant d’autres entreprises publiques, comme la GOC, exposées aujourd’hui à des litiges en cascade.
Le contrat signé entre la SEEG et Karpowership durant la période de transition, sous l’impulsion de l’ancien ministre Jeannot Kalimat, se révèle aujourd’hui particulièrement lourd à porter. Les deux parties cherchent à en sortir, tandis que des menaces d’interruption de la production électrique ont déjà été évoquées, faisant peser un risque réel sur l’alimentation en électricité des ménages et des entreprises gabonaises.
Le FMI et d’autres créanciers observent de près
Au-delà du seul différend entre la GOC et Karpowership, d’autres acteurs de la chaîne énergétique manifestent leur impatience. Perenco, impliqué dans l’approvisionnement en gaz naturel des centrales, figure parmi les opérateurs qui attendent le règlement de leurs factures.
Cette accumulation d’impayés retient également l’attention du Fonds monétaire international, qui suit la viabilité financière du secteur énergétique gabonais dans le cadre d’éventuelles discussions sur un programme d’accompagnement économique.
L’impasse entre la GOC et Karpowership révèle en définitive les limites des solutions provisoires adoptées pour contenir la crise structurelle de la SEEG. Toute sortie durable du blocage semble désormais conditionner à une réforme en profondeur de la gouvernance et du financement du secteur énergétique gabonais.
Sources : Africa Intelligence · DGB Gabon · Ministère de l’Énergie du Gabon · 2026


























