En immersion dans la ville de Malinga, notre rédaction s’est confrontée à une réalité brutale : celle d’un territoire laissé en marge du développement national. Ici, la fracture entre les régions du Gabon se révèle dans toute sa cruauté. L’axe routier Lébamba-Malinga, censé relier des localités vitales, ressemble davantage à une piste de safari qu’à une route nationale. Sur près d’une centaine de kilomètres, nous avons parcouru ce tronçon dans un véhicule de fortune, l’un des rares à braver quotidiennement ce chemin oublié.
Les villages rencontrés au fil du trajet Rébé, Ngugui, Lepoye ou encore Lekindu semblent suspendus dans le temps. Leur survie repose sur les quelques voyageurs qui empruntent cette route. Les affiches électorales, vestiges des scrutins de septembre dernier ou des législatives de 2023, témoignent d’une présence politique éphémère, cantonnée aux périodes électorales. Une fois les urnes rangées, les habitants demeurent seuls face à l’abandon.
Pourtant, l’élan de liberté insufflé par les événements du 30 août 2023 continue de nourrir l’espérance. Les populations de la Louetsi Bibaka aspirent à un véritable changement, mais derrière les sourires persiste un sentiment profond d’oubli. Les manques sont criants : infrastructures inexistantes, isolement routier, absence de services essentiels. Ce quotidien fragilise la cohésion sociale et pousse certains villages vers une lente disparition.
Le projet de la voie nationale, censé relier Lébamba à Malinga en passant par Makongonio et Mbigou, incarne l’unique lueur d’espoir. Prévu sur sept ans, il pourrait transformer la région en désenclavant ces localités. Mais en attendant, les habitants continuent de vivre un calvaire quotidien, prisonniers d’un axe routier qui freine tout développement économique et social.
Malinga n’est pas seulement une ville oubliée : elle est l’exemple d’un Gabon à deux vitesses, où certaines régions avancent tandis que d’autres s’éteignent à petit feu. Ce contraste interpelle et appelle à une réflexion critique sur la responsabilité des décideurs et l’urgence d’un développement équitable.


























