Si le court métrage percutant des BLA Boys avait défrayé la chronique il y a quelques années, suscitant débats passionnés et polémiques enflammées après l’accident vasculaire cérébral d’Ali Bongo Ondimba, ancien Président du Gabon, le feuilleton tentaculaire impliquant les Bongo Valentin et leurs réseaux opaques baptisés la « Young Team » plonge désormais le peuple gabonais dans des interrogations sans fin. Depuis près d’une semaine, jour après jour, les révélations s’enchaînent dans un crescendo sidérant qui inquiète même les observateurs les plus aguerris de la scène politique gabonaise.
L’ampleur des malversations révélées dépasse l’entendement et pulvérise tous les records de l’indécence : ici, les montants ne se déclinent plus en millions mais en milliards. Ce vocable, devenu tristement banal dans le lexique de la corruption nationale, glace pourtant le sang des populations qui assistent, impuissantes et médusées, à l’évaporation systématique des richesses du pays. Chaque nouveau scandale dévoilé constitue un camouflet supplémentaire, une gifle monumentale pour des citoyens contraints de jongler quotidiennement avec la survie, de calculer le moindre franc dépensé, pendant que les élites déchues festoient dans l’opulence la plus éhontée, dilapidant sans remords des fortunes bâties sur la misère collective.
Train de vie somptuaire versus misère populaire : L’obscène dichotomie
Entre les existences fastueuses menées à l’étranger et au Gabon par les anciens proches de l’ex-président Ali Bongo et la réalité quotidienne du Gabonais lambda, le contraste atteint des proportions insoutenables, moralement insupportables. D’un côté, la création d’entreprises fictives servant de façade au détournement massif de l’argent du contribuable, l’édification de villas palatiales dignes des sheikhs du Golfe, l’acquisition de biens d’une valeur inestimable, de voitures de luxe garées dans des parkings somptueux tandis qu’elles ne roulent jamais, de comptes bancaires enflés artificiellement par des virements suspects. De l’autre, un peuple éprouvé, harassé, épuisé, qui peine à boucler les fins de mois, qui rationne sa consommation alimentaire, qui renonce aux soins médicaux faute de moyens, qui déscolarise ses enfants par manque de ressources.
Le diagnostic est sans appel, le verdict implacable : la gabegie financière au Gabon s’est institutionnalisée au point de devenir une norme acceptée, presque banalisée, comme si détourner l’argent public était devenu un droit acquis pour ceux qui accèdent aux sphères du pouvoir. Le mal ronge profondément les fondations mêmes de l’économie nationale, sapant toute perspective de développement équitable et durable, anéantissant les espoirs d’une jeunesse condamnée au chômage structurel. Cette prédation organisée, méthodique, quasi-scientifique dans son efficacité criminelle, a méthodiquement vidé les caisses de l’État, privant les services publics essentiels des ressources vitales nécessaires à leur fonctionnement minimal. Les hôpitaux manquent de médicaments, les écoles de manuels scolaires, les routes se transforment en pistes accidentogènes, pendant que des milliards s’évaporent dans les paradis fiscaux.
Une gouvernance abracadabrantesque : Quand l’État devient le théâtre de l’absurde
Au-delà des détournements proprement dits, c’est toute la gestion de la chose publique qui se révèle gangrenée jusqu’à l’os, pourrie de l’intérieur sous la Young Team. Le feuilleton de la « Young Team » a mis au jour une administration de l’État proprement ahurissante sous le magistère d’Ali Bongo et peut-être bien avant, hallucinante dans son dysfonctionnement organisé. Falsification systématique de signatures présidentielles, usurpation éhontée de titres officiels, trafic d’influence généralisé transformant chaque poste stratégique en distributeur automatique de billets par Noureddin Bongo Valentin, comme le soulignent les mis en cause depuis quelques jours au Palais de Justice : les pratiques délictueuses s’empilent comme autant de preuves accablantes d’une déliquescence institutionnelle avancée, d’un État phagocyté par des réseaux mafieux opérant en toute impunité.
Ces agissements criminels en disent long sur les raisons profondes du retard développemental du pays, condamné à végéter dans le concert des nations tandis que ses richesses naturelles colossales sont siphonnées méthodiquement, détournées de leur vocation première qui est le bien-être collectif. Comment construire des infrastructures routières, des hôpitaux modernes, des écoles performantes, quand les budgets alloués à ces secteurs vitaux sont systématiquement amputés par des ponctions illégales ?
Le comble de l’ignominie, le summum de l’indécence, réside dans l’impunité dont jouissent ces fossoyeurs de l’économie nationale, ces prédateurs en costume-cravate : aujourd’hui, ceux qui hier ont consciencieusement dévasté les finances publiques pour s’enrichir éhontément se prévalent de leurs secondes nationalités pour perpétuer leur train de vie luxueux en toute quiétude, à l’abri des poursuites, comme l’a justement souligné avec amertume Ian Ngoulou. Ces individus sans moralité, dépourvus de toute conscience civique, ont transformé la gestion publique en entreprise d’enrichissement personnel. Les Gabonais ordinaires, eux, dépourvus de cette échappatoire dorée, sans double passeport providentiel, écopent de plein fouet les conséquences catastrophiques de cette prédation multi générationnelle.
Pendant ce temps, le peuple sombre : Chômage endémique et détresse sociale
Tandis que les révélations scandaleuses s’accumulent quotidiennement dans les prétoires, que les fortunes illicites continuent de prospérer sous des cieux cléments, la situation des populations gabonaises ne cesse de se détériorer de manière alarmante. Le chômage grimpe inexorablement, frappant particulièrement une jeunesse diplômée mais condamnée à l’oisiveté forcée, à l’errance désespérée entre petits boulots précaires et désœuvrement. Les conditions de vie se dégradent à vitesse accélérée, plongeant des familles entières dans une précarité alarmante dont elles ne parviennent plus à s’extraire.
Les services sociaux de base s’effritent dangereusement, les infrastructures publiques se délabrent sous les yeux d’une population désabusée, les hôpitaux manquent cruellement de moyens et renvoient les malades mourir chez eux, les écoles fonctionnent au ralenti quand elles ne ferment pas purement et simplement faute d’enseignants payés. Cette déchéance collective constitue la facture salée d’années, voire de décennies, de pillage systématique et organisé. Le divorce consommé entre une élite rapace, prédatrice, sans foi ni loi, et un peuple sacrifié sur l’autel de la cupidité la plus vile appelle désormais une réponse vigoureuse, ferme et exemplaire des nouvelles autorités issues de la transition.
Au-delà des procès : Vers une refondation systémique
La refondation économique du Gabon passe impérativement par un triptyque salvateur : la restitution intégrale des biens mal acquis, la sanction pénale exemplaire des coupables sans distinction de rang ni de fortune, et surtout la réhabilitation urgente d’une éthique rigoureuse de gestion publique. Sans quoi, le pays restera irrémédiablement prisonnier de ce cycle infernal, de cette spirale mortifère où quelques-uns s’enrichissent scandaleusement pendant que l’écrasante majorité agonise dans l’indifférence générale, dans le silence coupable des institutions.
Mais au-delà des procès médiatisés qui occupent les tribunaux et enflamment l’opinion, une question fondamentale se pose avec acuité : plutôt que de se limiter au simple jugement des coupables une fois qu’un système s’effondre, les pouvoirs publics ne gagneraient-ils pas à mettre en place des mécanismes préventifs robustes pour éviter structurellement les détournements de fonds et la gabegie financière ? Car enchaîner procès sur procès, aussi spectaculaires soient-ils, ne grandit nullement le pays sur la scène internationale. Cela ne vend pas davantage l’image d’un pays fiable, stable et sécurisé pour les investisseurs étrangers qui regardent de loin ce déballage judiciaire permanent.
Qui peut sérieusement envisager de venir investir des capitaux colossaux dans un pays où la corruption et les détournements semblent être élevés au rang de sport national, de discipline olympique pratiquée par tous ceux qui accèdent aux commandes ? L’heure n’est plus aux demi-mesures cosmétiques ni aux déclarations d’intention creuses. L’heure est à la reconstruction morale et institutionnelle d’un État de droit digne de ce nom, où la loi s’applique uniformément à tous, où les contrôles fonctionnent effectivement, où la transparence devient la règle et non l’exception. Sans cette révolution des mentalités et des pratiques, le Gabon restera ce géant économique aux pieds d’argile, riche de son sous-sol mais pauvre de ses citoyens, condamné à voir ses enfants les plus talentueux fuir vers des horizons plus cléments pendant que les prédateurs continuent leur œuvre de destruction systématique.
Sans un véritable changement au Gabon, le Bâtisseur en Chef, le Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, aura du mal à conduire son pays vers la félicité tant promise.
Par Roland Olouba Oyabi
Manager des médias et journaliste multimédia, est titulaire d’un Master 2 en Management international des médias (IAE Lille/Université de Lille) et d’une licence professionnelle en journalisme multimédia (ESJ Lille/Université de Lille).
Certifié Référent digital par l’École 241 de Libreville, il détient aussi une licence en gestion et création des organisations (Université de Johannesburg).
Lauréat du Prix du Meilleur Journaliste en Ligne des Awards de la Presse Gabonaise Makongonio 2025
Par ailleurs, éditorialiste à la Radio Jaco FM
Il fonde en 2020 le média Gabon Mail Infos, qu’il dirige comme directeur de Publication et Rédacteur en chef.












































