Dans une tribune transmise à la rédaction de Gabon Mail Infos, le Dr Rosamour Tsamba, psychosociologue et chercheur, propose une analyse approfondie sur la grève de la faim entreprise par trois compatriotes. Ce mouvement vise à inciter le Général Brice Clotaire Oligui Nguema, président de la Transition, à se porter candidat à l’élection présidentielle du 12 avril 2025 au Gabon. Une initiative audacieuse qui alimente largement les débats médiatiques.
La grève de la faim peut être définie comme une forme de protestation non violente au cours de laquelle un individu ou un groupe refuse de s’alimenter pour attirer l’attention sur une cause perçue comme juste, dénoncer une injustice ou exiger un changement. Ce moyen d’action repose sur un sacrifice personnel et sur l’idée que la souffrance physique du gréviste mobilisera l’opinion publique ou exercera une pression morale sur les autorités visées.
Historiquement, la grève de la faim a été utilisée comme un moyen puissant de protestation contre des injustices profondes. En 1909, les suffragettes britanniques, emprisonnées pour leurs actions en faveur du droit de vote des femmes, ont mené des grèves de la faim pour dénoncer leur traitement inhumain en prison. De même, au début du XXe siècle, les prisonniers politiques russes sous le régime tsariste ont utilisé cette méthode pour protester contre les conditions oppressives de leur détention et exiger des réformes fondamentales. Ces actions symbolisaient une résistance morale et une lutte pour des causes universelles de liberté et de justice.
Récemment, en 2024, des candidats au concours de l’École Nationale d’Administration (ENA) ont mené une grève de la faim devant l’Assemblée Nationale. Ces jeunes protestaient contre des irrégularités présumées dans les résultats du concours, exigeant transparence et équité. Cette action, bien que radicale, s’inscrivait dans la continuité de l’essence historique de la grève de la faim : une dénonciation d’injustice perçue et un appel à la rectification de pratiques institutionnelles jugées défaillantes. Leur démarche s’insérait dans un cadre légitime de revendication citoyenne.
Cependant, nous pouvons nous interroger sur l’utilisation récente de la grève de la faim initiée par trois << individus >> pour inciter le Président de la transition à poser sa candidature à l’élection présidentielle d’avril prochain. Contrairement aux actions des suffragettes ou des candidats de l’ENA, cette démarche ne dénonce ni injustice ni oppression, mais vise à exercer une pression personnelle et politique sur une décision individuelle. Une telle action détourne l’essence noble de la grève de la faim, transformant un outil de protestation en un instrument de pression émotionnelle.
Céder à de telles pressions pourrait compromettre l’intégrité des institutions de transition. Leur rôle est de préserver la stabilité nationale et d’assurer un processus électoral équitable, exempt d’ingérences indue. Les protestations, sont en effet des outils qui permettent de de diagnostiquer la société en se basant sur des revendications légitimes liées à des dysfonctionnements institutionnels mais aussi nécessaires pour renforcer la justice sociale.
Ainsi, il est essentiel de distinguer les formes de grève de la faim légitimes de celles qui dénaturent cette pratique historique. Les autorités de transition doivent protéger l’équité des processus institutionnels tout en restant à l’écoute des revendications citoyennes légitimes. Cette distinction est cruciale pour garantir une transition politique stable et légitime, fondée sur des principes de justice et de responsabilité.
Dr. Rosamour TSAMBA
Psychosociologue
Chercheur, CENAREST-IRSH


























