Le samedi 21 décembre 2024, Mohamed Kourouna, alias L’Oiseau rare , a reçu son passeport et son décret de naturalisation gabonais, sous les ovations d’un public conquis. Ce geste, loin d’être anodin, a ouverte une boîte de Pandore, révélant les fractures d’une société où la justice symbolique rivalise avec la frustration populaire. Si certains saluent cette reconnaissance, d’autres y voient une injustice criante, un énième acte où l’État semble désorienté face aux attentes citoyennes.
L’ambivalence de l’opinion publique
Depuis l’annonce, les critiques fusent. Certains dénoncent une entorse au code de nationalité, comparent le privilège accordé à L’Oiseau rare à la quête interminable des Gabonais de souche peinant à obtenir leurs propres papiers. Ces voix, pleines d’amertume, soulignent une injustice systémique dans l’accès à la nationalité. Une injustice vécue comme un affront pour ceux dont les racines plongent profondément dans le terroir gabonais.
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Cependant, l’histoire récente éclaire une jurisprudence révélatrice d’un phénomène récurrent . Avant L’Oiseau rare, des figures internationales ont obtenu ce même sésame, la naturalisation donnant droit à un passeport. Samuel Leroy Jackson, par exemple, avait obtenu le passeport gabonais en se réclamant d’une ascendance « historique » à peine documentée, mais largement soutenue par sa célébrité. De même, Ludacris, rappeur et acteur américain, a été gratifié de la nationalité en 2020, grâce à son mariage avec une Gabonaise et la présence de leurs enfants gabonais. La naturalisation de ces deux personnalités a été orchestrée sous la direction d’Alain Claude Bilie By Nze ministre des Affaires étrangères d’alors.
L’Oiseau rare, une exception légitime ?
Contrairement à ces figures étrangères éloignées des réalités locales, L’Oiseau rare ancre son œuvre dans la culture gabonaise. « La Ntcham domine le monde », un hymne célébrant la vitalité urbaine du Gabon, résonne comme un écho identitaire.

Par ailleurs, il vit au Gabon, y investit et y façonne le paysage artistique. Mais ce mérite indéniable ne suffit pas à apaiser les critiques.
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La controverse dépasse la seule naturalisation et s’enracine dans un sentiment collectif d’injustice sociale . Comment justifier la remise solennelle de ce décret lors d’un concert, alors que de nombreux citoyens peinent à obtenir leurs documents ? Comment offrir un don de 10 millions de FCFA à un artiste, quand une partie de la population lutte pour voir ses factures honorées par le Trésor public ? Ces gestes apparaissent comme autant de provocations dans un climat marqué par les inégalités.
Le dilemme du pouvoir discrétionnaire
En dernier recours, l’argument de l’autorité présidentielle est présent : le chef de l’État dispose du pouvoir de naturaliser à sa convenance. Néanmoins, la discrétion, dans ce cas, aurait évité de transformer un geste personnel en affaire nationale. Cette polémique, telle une pierre lancée dans une mare, a créé des ondulations profondes, obligeant chacun à s’interroger sur les contours de l’équité et du symbolisme au sein de la nation.
Ainsi, L’Oiseau rare vole à travers les tempêtes, mais son envol laisse derrière lui un ciel chargé de débats.
Par Roland OLOUBA OYABI, Directeur de Publication de Gabon Mail infos, diplômé de l’École supérieure de Journalisme de Lille et de l’Université de Lille puis diplômé en Management de l’Université de Johannesburg


























