À Matamatsengue, dans la province de la Louetsi-Wano, le paradoxe saute aux yeux. Un château d’eau neuf domine le paysage villageois. Toutefois, il ne distribue pas une seule goutte d’eau aux habitants.
En effet, les robinets demeurent obstinément silencieux, jour après jour. Ainsi, cette infrastructure censée transformer la vie locale est devenue un monument à l’inaction. Les villageois l’ont surnommé, avec amertume, le « château d’eau fantôme ».
Pourtant, sa construction représente un investissement public réel. Par conséquent, ce gaspillage frappe doublement : l’argent est dépensé, mais la souffrance, elle, reste entière.
Le marathon quotidien de l’eau
Pendant ce temps, la vie continue à l’ancienne. Chaque matin, femmes, enfants et hommes reprennent leur trajet vers les sources lointaines, bidons à la main.
Cette corvée quotidienne épuise les corps et réduit le temps consacré à l’école ou au travail. De plus, les sources non traitées exposent les villageois à des risques sanitaires sérieux. La diarrhée, le choléra et d’autres maladies hydriques menacent régulièrement les plus vulnérables.
Néanmoins, les habitants de Matamatsengue ne baissent pas les bras. Au contraire, ils alertent, témoignent et réclament ce qui leur est dû : de l’eau propre, accessible, quotidienne.
Un droit fondamental, pas un luxe
La demande des villageois n’a pourtant rien d’excessif. Ils ne réclament ni barrage ni projet pharaonique. Simplement, ils veulent de l’eau au robinet, comme partout ailleurs au XXIᵉ siècle.
Or, l’accès à l’eau potable est un droit humain reconnu par les Nations Unies depuis 2010. En conséquence, cette situation à Matamatsengue n’est pas seulement un problème technique. C’est aussi une question de dignité et de justice sociale.
Par ailleurs, d’autres villages gabonais vivent des situations similaires. Ainsi, Matamatsengue n’est malheureusement pas un cas isolé dans le pays profond.
Un message aux autorités : le pays profond a soif
Les responsables locaux et nationaux passent parfois dans la région. Cependant, leurs visites en 4×4 climatisé semblent les tenir à distance de la réalité villageoise.
Matamatsengue adresse donc un message sans équivoque aux décideurs : ce village existe, vote, travaille et contribue à la nation. En retour, il exige que son infrastructure fonctionne réellement.
Finalement, l’enjeu dépasse largement un simple château d’eau. C’est la confiance entre l’État et ses citoyens ruraux qui est en jeu. Réparer cette infrastructure, c’est aussi réparer ce lien essentiel.
L’urgence d’agir avant qu’il ne soit trop tard
Chaque semaine supplémentaire aggrave la situation sanitaire et le découragement collectif. Dès lors, l’inaction n’est plus une option tolérable pour les autorités compétentes.
Des solutions techniques existent et sont accessibles. Il faut donc identifier le blocage, qu’il soit financier, administratif ou technique, et le résoudre rapidement.
En définitive, Matamatsengue préférerait boire plutôt que de s’inventer des surnoms pour son château d’eau. Ce village mérite mieux qu’un symbole creux. Il mérite de l’eau.
























