Ousmane Sonko a réalisé ce mardi 26 mai 2026 l’un des retours politiques les plus spectaculaires de l’histoire sénégalaise récente. Limogé de son poste de Premier ministre le 22 mai, il est élu président de l’Assemblée nationale quatre jours plus tard. Il obtient 132 voix sur 133 exprimées, avec une seule abstention et zéro voix contre. Ainsi, il devient officiellement la deuxième personnalité constitutionnelle de l’État sénégalais. Il succède à El Malick Ndiaye, démissionnaire depuis le 24 mai, et prend ses fonctions immédiatement. Cette séquence fulgurante marque une nouvelle étape dans la recomposition au sommet de l’État.
En effet, la cérémonie s’est tenue dans un hémicycle profondément déséquilibré sur le plan numérique. Le Pastef détient 130 des 165 sièges de l’Assemblée nationale sénégalaise. Les députés de la formation présidentielle, pour la plupart vêtus de blanc, ont accueilli l’élection sous des applaudissements nourris. Cependant, une trentaine de membres de l’opposition ont bruyamment quitté l’hémicycle avant le vote. Ils contestent la légalité de la réintégration de Sonko en tant que député après son passage au gouvernement. Pour la porte-parole du Pastef Marie Rose Faye, la procédure est néanmoins « parfaitement légale ».
Pas de vendetta, pas de blocage : Sonko tend la main tout en posant ses conditions
Par ailleurs, Ousmane Sonko a longuement pris la parole après son investiture sous les acclamations. Son discours inaugural a surpris par sa tonalité apaisante et sa recherche affichée de dialogue. « Je n’utiliserai pas cette institution pour des vendettas personnelles », a-t-il solennellement affirmé. De plus, il a promis « pas de blocage » et « pas de chaos » dans ses relations avec l’exécutif. Il a insisté sur un principe fondamental qui transcende les querelles personnelles actuelles. « Ce qui est en jeu dépasse les individus, c’est le rapport entre la morale et la politique », a-t-il déclaré avec conviction.
En outre, Sonko a formulé une critique institutionnelle directe à l’adresse du président Faye. « On ne peut pas être dans un système d’hyperprésidentialisme au Sénégal aujourd’hui », a-t-il affirmé sans détour. Il a réclamé une discussion fondée sur les orientations et le programme, non sur les personnalités. Ainsi, le Pastef reste selon lui ouvert à « une discussion responsable qui met de côté les égos ». Il a salué la nomination du nouveau Premier ministre Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô, le qualifiant d’« homme compétent, travailleur acharné et dévoué ». Cependant, il a regretté que le Pastef n’ait pas été associé à cette nomination ni aux consultations gouvernementales.
Une légalité contestée et un équilibre institutionnel inédit à surveiller de près
Finalement, l’élection d’Ousmane Sonko soulève une question juridique sérieuse et non résolue. Trente-deux députés de l’opposition rejettent la légalité de sa réintégration comme parlementaire. Ils estiment qu’il aurait perdu son mandat électif en devenant chef du gouvernement en 2024. En définitive, Ousmane Sonko a lui-même reconnu ce « faux départ » tout en se disant ouvert au dialogue. « On ne peut pas faire de Pastef sans le Pastef », a-t-il lancé avec une formule désormais historique. Le Sénégal entre dans une configuration institutionnelle totalement inédite dans ses annales politiques. Un parti à la fois majoritaire au Parlement et dans l’opposition au sein de l’exécutif. La démocratie sénégalaise aborde une séquence aussi fascinante qu’incertaine pour sa stabilité future.























