Libreville, le 22 Juillet 2026 – plus de 5,785 milliards FCFA à une seule société offerts par la Direction générale du Budget et des finances publiques ( DGBFIP), aujourd’hui direction générale du Budget. Son nom : Luxury Car. Toujours en entente directe. Selon Dépêches 241, aucun appel d’offres n’a jamais accompagné ces marchés. Or, cette pratique intervient alors que les autorités promettent une gouvernance budgétaire assainie depuis la transition.
La DGBFIP incarne pourtant la rigueur budgétaire de l’État gabonais. D’une part, elle fixe les plafonds d’engagement et valide les ordonnancements. D’autre part, elle publie des circulaires sur la maîtrise de la dépense publique. Or, dans ce dossier précis, l’institution semble avancer derrière un rideau opaque. Le gardien du temple budgétaire détient visiblement ses propres clés.
Une régularité troublante dans les marchés
Les marchés s’égrènent par ailleurs avec une régularité troublante. En mars 2021, neuf véhicules pour les gouverneurs coûtent 432 millions FCFA. Ensuite, en septembre 2022, douze véhicules spécifiques totalisent 646,4 millions. De plus, en décembre 2022, quarante véhicules atteignent 747,4 millions. Enfin, en avril 2024, cent quarante-quatre véhicules grimpent à 3,96 milliards FCFA. Notamment, les montants explosent sans jamais changer de procédure. Le coût unitaire moyen dépasse ainsi largement les tarifs constatés chez les concessionnaires agréés.
L’accélération suspecte de 2024
L’accélération de 2024 mérite également un examen attentif. Concrètement, ce marché d’avril, 3,96 milliards FCFA, intervient moins de deux mois après un autre contrat Luxury Car. La Direction générale des Impôts avait alors versé 2,001 milliards, sous le même périmètre ministériel. En six semaines seulement, près de 6 milliards FCFA changent ainsi de mains. Cependant, aucun comparatif tarifaire ne semble avoir été établi avec les concessionnaires officiels.
Un mur d’opacité entretenu par ses propres bâtisseurs
Cette opacité contraste néanmoins violemment avec le discours affiché par la DGBFIP. La direction supervise pourtant les audits internes des ministères dépensiers. En revanche, elle exige la transparence de tous, sauf apparemment d’elle-même. Ce paradoxe institutionnel n’est ni anecdotique ni isolé. Sur le plan documentaire toutefois, les données demeurent consultables sur le portail de la DGMP. Le secret n’est donc pas total. Le silence institutionnel, lui, demeure assourdissant et pèse lourdement sur la confiance publique.
Un fournisseur, zéro concurrence
Un fournisseur unique Lexury Car, un flux constant de marchés, une absence totale de mise en concurrence : le triptyque interroge. À ce titre, personne au sein du dispositif de contrôle gabonais n’a jugé utile de questionner ce schéma. Pourtant, chaque circulaire de rigueur budgétaire semble se heurter à ce mur d’opacité. Ce mur, l’institution l’a elle-même érigé.
Au total, 5,785 milliards FCFA ont ainsi transité vers un seul opérateur en quatre ans. Zéro concurrence documentée n’accompagne ce chiffre. Dès lors, le bilan interroge directement la crédibilité de la DGBFIP comme autorité contractante. Une explication publique claire s’impose désormais sans délai. En somme, le flou entretenu fragilise la confiance dans la gestion des deniers publics.
Ce dossier illustre, en creux, une gouvernance budgétaire à double vitesse. D’une part, des textes rigoureux s’imposent aux autres administrations. D’autre part, une pratique interne échappe visiblement à tout regard extérieur. In fine, seul un vrai sursaut de transparence réelle pourrait combler ce fossé institutionnel persistant. Les contribuables gabonais, eux, attendent toujours des réponses claires et vérifiables.










































