La vidéo est devenue virale en quelques heures. On y voit le proviseur du CES Nelson Mandela de Libreville détruire des téléphones portables saisis auprès d’élèves. Depuis, les réseaux sociaux se sont transformés en tribunal populaire. Ainsi, certains applaudissent le retour de la discipline. D’autres dénoncent un abus d’autorité. Le débat divise donc profondément l’opinion. Pourtant, une question fondamentale et grave s’impose, au-delà des seules émotions publiques.
Un règlement intérieur peut-il autoriser ce que la loi interdit ? Les établissements scolaires disposent du droit d’encadrer la vie scolaire. Ils fixent donc des règles. L’interdiction du téléphone portable pendant les cours ou dans un lycée peut parfaitement figurer dans un règlement intérieur. Les élèves ont l’obligation de s’y conformer. En effet, la discipline est une nécessité. L’école ne saurait fonctionner dans l’anarchie numérique permanente.
Quand la sanction franchit la frontière de l’arbitraire
Cependant, le débat devient plus sérieux lorsque la sanction franchit la frontière séparant l’autorité de l’arbitraire. Un règlement intérieur n’est pas une Constitution parallèle. Il ne remplace ni le Code pénal ni les lois de la République. Il organise la vie de l’établissement. Pourtant, il ne peut légitimer la destruction d’un bien appartenant à autrui comme les téléphones brisés. Sur ce point, la faute disciplinaire des élèves demeure réelle.
La question n’est donc pas de savoir si les élèves ont eu tort d’utiliser ces téléphones en classe. La véritable interrogation est ailleurs. Qui a autorisé un responsable éducatif à détruire des biens privés ? Confisquer temporairement un téléphone selon les procédures prévues est une chose. Le détruire en est une autre. Bien entendu, défendre ce principe ne revient pas à encourager la désobéissance des élèves.
Le Code pénal gabonais fixe les limites
Le Code pénal gabonais prévoit pourtant des dispositions relatives à la destruction volontaire des biens mobiliers d’autrui. L’article 337 les détaille. De même, l’article 339 traite des dégradations graves résultant de la négligence. L’article 141 encadre aussi les situations impliquant des objets remis dans le cadre de fonctions publiques. Enfin, les articles 24 et 24-1 ouvrent la voie à la juste réparation des préjudices subis.
Ces textes rappellent un principe simple. L’autorité n’est pas un permis d’agir en dehors de la loi. Ainsi, nul responsable ne peut s’affranchir des règles communes. À l’école, on enseigne pourtant que nul n’est au-dessus de ces règles. Mais si ceux qui incarnent l’autorité donnent l’impression inverse, le message devient brouillé. Ce principe vaut donc absolument pour tous, du simple élève au plus haut responsable.
Au fond, l’autorité face à son propre exemple
Le paradoxe est ici vraiment troublant. On demande aux élèves d’apprendre le respect de la propriété d’autrui. Puis on leur montre qu’une autorité peut, sous prétexte de discipline, réduire en morceaux un objet qui ne lui appartient pas, les téléphones brisés. Quelle pédagogie enseigne-t-on exactement ? Celle de l’exemple ou celle de l’exception ? À force de vouloir corriger une faute, on risque d’en créer une autre, plus grave encore.
Au fond, cette polémique dépasse la simple question des téléphones portables. Elle interroge notre rapport collectif à l’autorité. Une société solide n’est pas celle où les règles ne s’imposent qu’aux plus faibles. Car lorsque l’autorité oublie qu’elle est soumise à la loi, la crédibilité du message éducatif se fissure. Aucun règlement intérieur ne devrait casser ce que l’éducation construit : le respect du droit pour tous.







































