Quand le gouvernement gabonais a annoncé l’instauration de la Taxe forfaitaire d’habitation (TFH), la nouvelle s’est répandue comme un souffle de vent froid dans les rues de Libreville et au‑delà. Face aux inquiétudes grandissantes, l’administrateur directeur général de la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG), Steeve Saurel Legnongo, est monté en première ligne pour rassurer la population. Sur Gabon 24 le 14 décembre 2025, il a martelé que cette taxe n’aurait aucun effet sur le montant de la facture d’électricité des usagers, soulignant que la SEEG n’était qu’un intermédiaire de collecte pour le compte de l’administration fiscale.
Dans la bouche du directeur général, la TFH est présentée comme une ombre légère, distincte de la consommation d’énergie : « Votre facture ne va pas changer », a‑t‑il assuré, en précisant que la taxe est indexée non pas sur les kilowattheures consommés, mais sur la puissance souscrite lors de l’abonnement. Autrement dit, il s’agit d’un impôt lié au statut du logement, et non à l’usage effectif de l’électricité.
Pour expliquer ce mécanisme, la SEEG a prévu des relevés spécifiques intitulés “TFH”, délivrés en même temps que la facture habituelle : une quittance séparée attestera du règlement de la taxe. Dans les mots des autorités, cette démarche vise à faciliter le recouvrement fiscal en utilisant un réseau de facturation déjà bien implanté sur le territoire, tout en maintenant des exonérations pour les foyers vulnérables (environ 14 % des compteurs, soit près de 60 000 foyers).
Malgré ces assurances, la population demeure sceptique, et pour de bonnes raisons. Nombre de Gabonais perçoivent la TFH non comme un outil de justice fiscale, mais comme une charge supplémentaire tombant dans un panier déjà percé par la vie chère. Dans un contexte économique marqué par une pression croissante sur le pouvoir d’achat, nombreux sont ceux qui voient dans cette taxe un poids de plus sur leurs épaules déjà courbées.
Au marché, dans les quartiers et sur les réseaux sociaux, la TFH est souvent décrite comme une épée de Damoclès fiscale suspendue au‑dessus des ménages. Les critiques ne se limitent pas à l’inquiétude sur le coût : plusieurs voix remettent en question l’opportunité même d’une telle taxe, arguant que le Gabon dispose de richesses naturelles suffisantes pour financer ses priorités sans ponctionner davantage la population qui peine déjà.
Pour beaucoup, l’indexation de la Taxe forfaitaire d’habitation sur la facture d’électricité, une facture parfois déjà difficile à honorer, ressemble à un loup déguisé en agneau : l’État utilise un service essentiel pour prélever un impôt qui, malgré les exonérations prévues, n’est pas compris dans son ensemble par le public. L’absence de communication claire a contribué à une méfiance profonde, certains allant jusqu’à dire que le dispositif risque davantage de creuser le fossé entre contribuables et autorités.
Dans ce climat chargé, la réussite de cette réforme repose moins sur les assurances techniques que sur la capacité du gouvernement à transformer le scepticisme en confiance, et non en frustration durable.

























