Alors que le Gabon peine à contrôler l’emprise croissante des étrangers dans son économie de proximité, la Tanzanie vient de tracer une ligne rouge qui pourrait servir d’exemple. Le gouvernement tanzanien a annoncé l’interdiction pour les ressortissants étrangers d’exercer plusieurs activités économiques jugées « réservées » aux nationaux.
Cette mesure concerne une dizaine de secteurs allant de la vente dans les petits magasins à la coiffure, en passant par la réparation de téléphones, le ménage ou encore l’orpaillage artisanal. Les étrangers ne pourront plus non plus exercer les métiers de guides touristiques, d’intermédiaires commerciaux, de gestionnaires de radios ou musées, ni acheter directement les récoltes auprès des paysans.
Selon le Ministère de l’Industrie et du Commerce, l’objectif est clair : protéger les emplois et opportunités économiques des Tanzaniens. Les autorités dénoncent une appropriation progressive de ces activités par des acteurs étrangers, marginalisant ainsi les micro-entrepreneurs et travailleurs locaux.
Au Gabon, le contraste est frappant. Dans plusieurs villes, des étrangers contrôlent non seulement la vente dans les marchés, mais également des secteurs aussi sensibles que la distribution de terrains et la gestion d’étals. Résultat : de nombreux Gabonais se retrouvent en concurrence directe avec des commerçants étrangers bénéficiant souvent de capitaux plus importants et de réseaux d’importation mieux structurés.
L’approche tanzanienne, saluée par plusieurs analystes, repose sur une logique pragmatique :
Les petits commerces et services de proximité constituent la première marche vers l’autonomie économique pour les populations locales.
Leur ouverture totale aux étrangers entraîne une concurrence déloyale et fragilise le tissu socio-économique national.
À terme, cela peut déraciner les communautés de leur propre économie, phénomène déjà observable dans certains quartiers gabonais.
La Tanzanie ne s’arrête pas à une simple annonce politique. Des sanctions sévères – amendes, prison, retrait de visa ou de permis de travail – accompagneront cette réforme. C’est le signe d’un État stratège prêt à contrarier certains intérêts économiques étrangers pour affirmer la primauté de son peuple.
Pour le Gabon, cette politique sonne comme un rappel : protéger son marché intérieur n’est pas un repli nationaliste, mais une condition essentielle pour préserver l’emploi, l’identité et la souveraineté économique.
Là où la Tanzanie ferme la porte à la captation étrangère de ses petits métiers, le Gabon continue d’élargir un boulevard à ceux qui dominent déjà des pans entiers de l’économie locale. Cette différence de cap interroge :
Faut-il, comme la Tanzanie, instaurer un protectionnisme intelligent centré sur l’humain et la préservation de l’emploi local ?
Ou continuer sur une voie de libéralisation totale, quitte à renforcer le sentiment de dépossession chez les Gabonais ?
La décision tanzanienne dépasse l’économie. Elle est identitaire et politique, redonnant aux petites mains de l’économie – vendeurs, coiffeurs, guides, mineurs – une place que les logiques de marché leur avaient arrachée.
Pour le Gabon, c’est une leçon de souveraineté : l’Afrique ne doit plus être seulement un terrain d’exploitation. Elle doit devenir un espace où ses citoyens dictent l’avenir économique.
Par Darlyck Ornel Angwe

























