Libreville, 9 février 2026 – Dans la majesté silencieuse du palais de justice, là où chaque parole prononcée semble peser davantage que le marbre des colonnes, la prestation de serment de quatre nouveaux syndics judiciaires a dépassé le simple rituel institutionnel pour devenir un moment de vérité.
Face à eux, le procureur général près la Cour d’appel judiciaire, Dr Eddy Narcisse Minang, n’a pas cédé à la tentation des discours convenus. Sa voix, précise et mesurée, a plutôt choisi la voie plus exigeante de la lucidité. Car prêter serment, en matière de justice économique, ne consiste pas seulement à entrer dans une profession ; c’est accepter de marcher sous le regard constant de la loi, avec pour seule protection l’intégrité personnelle.
Les syndics judiciaires occupent une place singulière dans l’architecture des procédures collectives. Administrateur de biens fragilisés, gardien de fonds exposés, médiateur d’intérêts opposés, il agit au cœur même des faillites humaines et financières. Cette centralité fait sa noblesse, mais aussi son danger. Là où circulent l’argent, l’urgence et l’espoir, la tentation n’est jamais loin.
C’est pourquoi le rappel du droit OHADA résonnait, ce jour-là, comme une frontière invisible : comptes séquestres obligatoires, autorisations judiciaires préalables, comptabilité irréprochable, assurance professionnelle, conformité fiscale. Derrière l’énumération technique se dessinait en réalité une idée simple : la confiance ne se décrète pas, elle se prouve.
Mais le moment le plus saisissant fut sans doute l’avertissement pénal, énoncé sans emphase inutile. Malversations, détournements, contreparties illicites, banqueroutes organisées : autant de dérives qui, a rappelé le Procureur général, conduisent non vers l’honneur de la fonction, mais vers la rigueur des juridictions répressives.
Dans cette phrase suspendue, chacun pouvait entendre l’essentiel : trahir son serment, c’est s’exposer à perdre sa liberté.
Au-delà de la norme écrite, le magistrat a convoqué une exigence plus ancienne encore : celle de l’éthique. Indépendance, impartialité, probité, secret professionnel. Des mots souvent répétés, mais rarement vécus avec constance. Or la justice économique ne repose pas uniquement sur des textes ; elle tient surtout à la droiture de ceux qui la servent. Lorsque cette droiture vacille, c’est toute la confiance publique qui se fissure.
Ainsi, cette cérémonie de prestation de serment des syndics judiciaires n’a pas seulement consacré quatre parcours professionnels. Elle a rappelé, à voix haute, une vérité que les sociétés oublient parfois : la justice ne meurt pas d’un grand scandale soudain, mais d’une accumulation de petites complaisances silencieuses. Prévenir ces dérives avant qu’elles ne naissent, tel semblait être le sens profond de cette parole ferme, presque austère, mais nécessaire.
Dans le tumulte du monde contemporain, où les institutions sont souvent soupçonnées avant même d’être jugées, une telle exigence résonne comme une promesse : celle d’une justice qui refuse la facilité et choisit la responsabilité.
Et comme le disent les anciens de Lambaréné :
« La pirogue ne chavire pas à cause du fleuve, mais à cause de celui qui oublie de ramer droit. »


























