Le 10 mars 2026, au quai de Lambaréné, la navette Saint Raphaël s’apprêtait à lever l’ancre pour Port-Gentil. Les passagers étaient déjà installés, mais l’embarcation croulait sous une cargaison de sacs de bananes et de manioc, entassés au point de transformer le bateau en véritable cargo. C’est alors qu’un agent de la Marine marchande, sans signe distinctif mais animé par un sens aigu de la responsabilité, est intervenu avec fermeté sur cette réalité de surcharge des navettes au Gabon.
« Faites-moi descendre tous ces sacs. Lorsque le bateau coule, on accuse la Marine marchande », a-t-il lancé, rappelant que plusieurs de ses collègues ont déjà payé de leur liberté pour des négligences passées. Excédé mais déterminé, il a contraint l’équipage à débarquer le surplus de bagages, évitant ainsi un risque évident de surcharge.
Cet épisode, qui aurait pu passer inaperçu, mérite d’être souligné. Il illustre la vigilance et la bravoure d’un agent qui n’a pas hésité à s’opposer à des pratiques dangereuses, dans un secteur où l’appât du gain continue trop souvent de primer sur la sécurité des passagers. Une semaine plus tôt, une autre navette au départ de Port-Gentil aurait ajouté des chaises à l’arrière sans qu’aucune autorité n’intervienne, preuve que les dérives persistent.
Le souvenir du drame de l’Esther Miracle, encore vif dans la mémoire des Gabonais, devrait pourtant servir de leçon. Cette tragédie maritime, qui a coûté la vie à de nombreux compatriotes, rappelle que la négligence et l’insouciance ne sont jamais anodines. Chaque surcharge, chaque manquement aux règles de sécurité, chaque compromis au nom du profit peut se transformer en catastrophe.
L’intervention de l’agent à Lambaréné est un signal fort : il est urgent que les opérateurs du transport fluvial et maritime adoptent une culture de sécurité stricte et que les autorités renforcent les contrôles. La protection des vies humaines doit rester une priorité absolue face à cette surcharge des navettes. Plus jamais le Gabon ne doit revivre un drame semblable à celui de l’Esther Miracle.
Cet acte de courage individuel interpelle l’ensemble de la société : la vigilance n’est pas une option, mais un devoir collectif.


























