Derrière la mécanique institutionnelle soigneusement huilée du projet d’investissement dans le secteur de l’éducation (PISE), une dissonance préoccupante s’installe : celle d’un décalage manifeste entre les ambitions affichées et la réalité du terrain. À l’issue d’une réunion stratégique avec les représentants gouvernementaux et les partenaires au développement, notamment la ministre d’État à l’Éducation nationale Camélia Ntoutoume Leclercq, l’ambassadeur de France au Gabon Fabrice Mauriès et le directeur pays de l’Agence française de développement (AFD) Olivier Delefosse, M. Ngaba Luc, le Coordinateur national du projet Pise, a livré une lecture sans fard de la situation, marquée par un ralentissement significatif des travaux.
Un dispositif structuré qui ne souffre d’aucun défaut de conception
D’emblée, l’orateur a tenu à rappeler la solidité de l’architecture organisationnelle du projet. « Nous avons un mode opératoire structuré, mobilisant une pluralité d’acteurs, notamment une mission de contrôle, un bureau de contrôle technique ainsi qu’une assistance à maîtrise d’ouvrage. L’unité de gestion du projet veille scrupuleusement à ce que chaque intervenant demeure dans son périmètre et exécute ses obligations conformément aux stipulations contractuelles », a-t-il précisé. Dans cette orchestration rigoureuse, les entreprises évoluent, en principe, sous étroite surveillance, bénéficiant d’un accompagnement technique constant. « À ce niveau, tout est parfaitement organisé », a insisté M. Ngaba Luc, comme pour mieux souligner que les dysfonctionnements actuels ne procèdent nullement d’un défaut de conception du dispositif.
Le « coup de gueule » légitime de la ministre Camélia Ntoutoume Leclercq
C’est précisément sur ce point que s’est cristallisée l’irritation du ministre d’État, ministre de l’Éducation nationale, Camélia Ntoutoume Leclercq, maître d’ouvrage du projet. Face à la lenteur des chantiers, celle-ci n’a pas hésité à exprimer, selon les termes rapportés, un « coup de gueule » jugé « parfaitement légitime ». « La difficulté majeure réside aujourd’hui dans le rythme excessivement lent d’exécution des travaux, lequel compromet sérieusement les objectifs d’achèvement fixés, notamment en perspective de la prochaine rentrée scolaire », a expliqué Ngaba Luc. Un constat d’autant plus alarmant que les délais initiaux, fixés à douze mois, ont d’ores et déjà été dépassés. « Nous sommes actuellement à quinze mois d’exécution, et une prorogation jusqu’en juillet 2026 a été accordée afin de permettre la finalisation des ouvrages », a-t-il ajouté.
Un prêt souverain, des décaissements conditionnés à l’avancement réel

Sur le plan financier, l’intervenant a tenu à dissiper toute équivoque quant à l’origine des fonds. « L’Agence française de développement intervient dans le cadre d’un prêt souverain consenti à l’État gabonais. Il ne s’agit nullement d’un financement direct de la France, mais bien d’un mécanisme d’endettement destiné à soutenir l’investissement éducatif », a-t-il clarifié. Dans ce cadre, les entreprises ne perçoivent leurs paiements qu’en fonction de l’état d’avancement réel des travaux. « Les décaissements sont strictement conditionnés : une avance de démarrage a été octroyée, suivie de paiements correspondant à des taux d’exécution oscillant entre 30 % et 40 % selon les sites. En l’absence de progression conforme, aucun paiement supplémentaire n’est effectué », a-t-il martelé.
50 travailleurs là où 130 sont requis : une carence structurelle en ressources humaines
Mais au cœur du problème se trouve une carence structurelle dans la mobilisation des moyens. « Nous avons constaté une insuffisance criante en ressources humaines et matérielles. Là où certains chantiers devraient mobiliser jusqu’à 130 travailleurs, ils n’en comptent parfois que 50 », a déploré M. Ngaba Luc. Une situation qui, mécaniquement, engendre des retards en cascade.
Des mesures correctives pour forcer les entreprises défaillantes à tenir leurs engagements
Face à cette inertie, l’unité de gestion du projet entend durcir le ton. Des mesures correctives sont en cours d’élaboration, parmi lesquelles la signature de lettres d’engagement contraignantes par les entreprises défaillantes. « Nous envisageons également de favoriser la sous-traitance afin de renforcer les effectifs et accélérer l’exécution des travaux », a-t-il indiqué. Ainsi, derrière l’apparente maîtrise administrative du projet PISE, se joue désormais une bataille contre le temps, et, plus encore, contre les insuffisances opérationnelles de certains prestataires. Dans cette équation, l’État semble résolu à rappeler que la rigueur contractuelle n’est pas une option, mais une exigence.












































