Le porte-parole du président Oligui Nguema a reconnu utiliser un VPN pour accéder aux réseaux sociaux. Cette reconnaissance ne constitue pas véritablement un aveu. Elle illustre plutôt une réalité concrète vécue sur le terrain. De nombreux Gabonais la connaissent bien depuis la suspension des plateformes numériques. Cette situation met clairement en évidence un décalage entre les mesures des autorités et les pratiques quotidiennes des citoyens.
Ces citoyens cherchent à maintenir leur accès à l’information et leur liberté de communication malgré les restrictions. Cependant, à long terme, ce contexte risque de desservir le gouvernement gabonais. Il fragilise la confiance des citoyens. De plus, il limite les échanges économiques et sociaux. Enfin, il complique la communication institutionnelle du gouvernement. Une analyse de cette suspension, de ses limites et des alternatives s’impose donc.
L’Ordonnance n°0011/PR/2026 et ses interrogations
Le gouvernement gabonais a adopté l’Ordonnance n°0011/PR/2026 du 26 février 2026, publiée en avril 2026. Ce texte vise à réglementer l’utilisation des réseaux sociaux et des plateformes numériques. En fait, les autorités gabonaises ont annoncé de nouvelles mesures de régulation des réseaux sociaux. Certaines dispositions apparaissent légitimes. Elles répondent à la nécessité de lutter contre la désinformation, les discours de haine et les dérives numériques.
Il n’en demeure pas moins que certaines mesures suscitent des interrogations. Elles concernent d’abord l’épanouissement de la jeunesse gabonaise. Elles touchent aussi le développement de l’entrepreneuriat numérique. Par ailleurs, l’accès aux séminaires de formations est en jeu. Les compagnies Tech financent ces séminaires de formation en Afrique chaque année. Ainsi, il faut chercher des alternatives crédibles pour concilier souveraineté numérique, sécurité nationale et libertés fondamentales.
Une suspension qui soulève une question de cohérence
Les autorités ont annoncé la suspension des réseaux sociaux au Gabon dès le 17 février 2026. Depuis, plusieurs chiffres soulèvent une question fondamentale de cohérence dans l’action publique gabonaise. Mr Geoffroy Foumboula a présenté une étude le 24 mai 2026. Selon elle, 54% des pages Facebook officielles des ministères auraient tout de même continué à communiquer. Cela s’est produit après l’annonce officielle de la suspension.
Les institutions législatives et consultatives auraient fait de même. Il s’agit de l’Assemblée nationale, du Sénat et du Conseil économique, social, environnemental et culturel. Les médias publics auraient aussi poursuivi leurs publications. Par ailleurs, des observations publiées en août 2026 sur GMT signalent que des ministres restent visibles. Ces éléments révèlent un paradoxe : la population subit une restriction, mais les autorités utilisent ces espaces.
Qui est le perdant ?
Meta (Facebook) et TikTok ont tous deux des programmes actifs et continus. Ces programmes soutiennent déjà l’alphabétisation numérique en Afrique. Ils portent sur la sécurité en ligne, la désinformation et l’éducation à l’intelligence artificielle. En mars 2026, TikTok annonçait un investissement supplémentaire de 200 000 $ en crédits publicitaires. Ces crédits doivent ainsi étendre ses programmes d’alphabétisation aux médias et à l’IA en Afrique subsaharienne.
Ce dernier engagement porte l’investissement total de TikTok à 2,2 millions de dollars. Cette somme concerne l’alphabétisation à l’IA dans la région. Elle s’ajoute ainsi à un fonds mondial de 2 millions de dollars. Ce fonds pour l’alphabétisation à l’IA date du mois de novembre 2025. Ces investissements visent la sécurité en ligne. Dès lors, la question du perdant se pose pour la jeunesse gabonaise.
« Mon monde numérique » et l’intérêt économique du Gabon
« Mon monde numérique » est le programme phare de Meta en Afrique. Il aborde la citoyenneté numérique, la sécurité en ligne et l’éducation aux médias. Ce programme a déjà formé plus de 160 000 personnes sur le continent Africain depuis son lancement en 2023. Contrairement aux crédits publicitaires de TikTok, Meta communique davantage sur le nombre de participants formés. Ses programmes sont plus larges.
Meta communique ainsi grâce à « Mon monde numérique » et « Meta Boost ». Il serait judicieux de maintenir de bons rapports durables avec ces compagnies. Cela sert l’intérêt économique du Gabon et de sa jeunesse. Nous devrions également leur communiquer très clairement nos attentes. Il est donc nécessaire pour le pays de revenir rapidement à la normale pour diverses raisons économiques et sociales.
La HAC : une réorganisation à repenser
L’ancien Président Ali Bongo présidait le conseil des ministres du 1er février 2023. Le gouvernement de cette époque avait adopté un projet de loi. Ce projet portait la réorganisation de la Haute Autorité de la communication (HAC). Cette réorganisation portait principalement sur la redéfinition des missions de l’organisation. Elle concernait aussi les procédures en matière de sanctions. La HAC reste l’organe de régulation du secteur.
Le projet de loi précise aussi que la HAC assure désormais la régulation du secteur de la communication. Ce secteur couvre notamment l’audiovisuel, l’écrit, le numérique, la publicité et le cinéma. Ce projet confiait à la HAC plus de missions mais surtout bien plus de pouvoir. Il n’accroissait toutefois pas la participation des professionnels de la communication, de la société civile et des citoyens gabonais.
Conclusion : collaborer et responsabiliser
La HAC et le gouvernement sous la 5ieme République gagneraient à changer de dynamique. Le gouvernement devrait encourager la HAC à collaborer avec des ONG et experts des médias. Leur objectif serait de lutter efficacement contre la désinformation. Ces organisations non partisanes pourraient fournir la technologie spécialisée. Elles apporteraient aussi la capacité de vérification indépendante des faits. Enfin, elles offriraient aussi les réseaux communautaires nécessaires.
En conclusion, le Gabon gagnerait à renforcer sa législation sur la protection des données personnelles. Il devrait aussi durcir la lutte contre les Fakenews, les influenceurs négatifs et autres. Il est important de responsabiliser les utilisateurs et les plateformes sans porter atteinte au droit à la vie privée. Ainsi, on lutterait efficacement contre la désinformation et la cybercriminalité. Cela garantirait les droits fondamentaux des citoyens.
Jacques Ndong
Expert en Politique de suivi des médias.








































